‹ Théatre choisiChapitre 65 sur 471 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

moi, changez de conduite, et vous ne craindrez plus votre père.

VÂLÈRE.

Dis-moi , faquin , combien le bonhomme te donne-t-il pour me prêcher?

Bon ! il croit que c'est moi qui vous gâte, et, franchement, j'ai trop de bonté pour vous.

VALÈRE

Insolent!...

PASQUIN

Allons, Monsieur, il faut tâcher désormais de le contenter.

VALÈRE

Sachons un peu ce qu'il faut que je fasse pour cela?

PASQUIN

Tout le contraire de ce que vous avez fait jusqu'à présent.

VALÈRE

Quels crimes ai-je donc commis?

PASQUIN

Vous n'en êtes pas encore aux crimes, vous n'en êtes qu'aux sottises. Par exemple, n'ai-je pas été témoin de la conversation que vous avez eue ce matin avec monsieur votre père? Il vous disait d'excellentes choses, et vous lui répondiez tout de travers.

VALÈRE

Moi?

PASQUIN

Vous-même. Voulez-vous, pour vous en convaincre, que je vous fasse le récit de la conversation. Je m'en souviens mot pour mot.

Voyons? je suis bien aise de juger de sangfroid si j'ai tort.

PASQUIN

Voici ce qu'il vous a dit, quand vous êtes entré dans la chambre, de la manière que je vais vous dépeindre.

(il fait l'action d*UD petit-maître qui entre dans une chambre en étourdi; ensuite il prend l'air sérieux du père.)

Bonjour, monsieur, bonjour. Monsieur, je suis

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votre servitew\ Où avez-vous passé la nuit, pendard que vous ôles? Parbleu! fai soupe au cabaret avec mes amis, et de là, nous avons couru le bal. Vous en avez menti ! Je sais à quel bal vous avez été, et si vous ne changez bientôt de conduite, je vous enverrai danser à Saint-Lazare. Je crois, Dieu me damne, que vous ne 'pourriez pas vivre, si, tous les jours, vous ne me faisiez quelque mercuriale! Et croyez-vous, monsieur le sot, que je sois fort content de vous voir au milieu de cette pépinière de fous, que l'on appelle Petits-Maîtres, espèce d*hommes aussi ridicules qu'incorrigibles? Que je n'entre pas en fureur, depuis que vous arborez ce grand cliapeau, qui vous couvre un œil, et qui ne laisse voir que la moitié de l'autre; depuis que vous vous débraillez jusqu'à la ceinture; que vous vous faites une gloire de vous enivrer de vin, de liqueurs et de tabac, et que vous affectez cet air fanfaron, qui impose au bourgeois, et qui fait rire rhonnôte homme? Tous les jeunes gens sont faits comme cela, mon père, il faut suivre la mode. Parbleu! je vous la ferai bien quitter. Nous verrons ! Comment, nous verrons? Oh ! voici qui vous corrigera.*

(il prend un bâton.) V A L È R E .

Que vas -tu faire?

Vous rosser.

VAL ÈRE

Quoi ! coquin, tu aurais la hardiesse ?...

PASQUIN

Ma foi, je vous demande pardon; j'entrais si vivement dans la passion, que je croyais être monsieur votre père. Vous savez bien que si vous n'eussiez décampé, la conversation aurait fini de la sorte. Après tout, il est temps de vous réformer. U y a plus de trois mois que votre future belle-mère est arrivée de province avec la jeune personne que vous ôtes sur le point d'épouser. Votre père les loge ici l'une et l'autre. Elles sont témoins de la plupart de vos actions, qui ne doivent pas les édifier. Comptez -vous de vivre comme vous faites, quand vous aurez une femme?

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