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ACTE I, SCÈNE II

VALÈRE

Oh! palsambleu! Mademoiselle, s*il ne tient qu*à jurer, je vous ferai des serments.

11 vous jurera quMl vous aime assez pour un homme qui doit vous épouser.

ANGÉLIQUE

Voilà ce que c'est. Je vous suis destinée pour femme : ce titre vous déplaît d'avance. Que je pense différemment ! Plus je songe que vous serez mon époux, et plus mon cœur s'attache à vous sincèrement. Dans les cœurs tendres et vertueux, il se forme les passions les plus violentes, quand le devoir autorise l'inclination.

PASQUIN

Tenez, Mademoiselle, voilà les plus belles choses du monde ; mais, je vous jure, en conscience, que mon maître n'entend point cela. Ce n'est point là le jargon qu'on parle aujourd'hui, et je ne crois pas qu'il y ait beaucoup de femmes, à Paris, qui ne l'entendissent, à moins qu'elles ne portassent des lunettes, et qu'elles ne fussent de la vieille cour. Vous êtes toute fraîche émoulue de la province; il faut vous apprendre comme on fait l'amour en ce pays-ci. On entre dans une assemblée ou dans une compagnie : on regarde, on choisit entre toutes les dames celle qui revient davantage : on lui jette de tendres œillades, on lui fait des mines, on cherche à lui parler, on lui parle. La déclaration se fait dès le premier abord ; si la belle s'en scandalise, ce qui n'arrive guère, on s'en moque, et on n'y revient pas : si elle prend la chose de bonne grâce, on lui fait des protestations ; elle y répond, voilà qui est fait ; ensuite, on court ensemble au bal, aux spectacles ; on médit du prochain, on prend du tabac, on boit du vin mousseux, on avale des liqueurs, on passe les nuits au cours : on ne songe qu'au plaisir, on le cherche ensemble, tant qu'on a du goût l'un pour l'autre. Dès que l'ennui se met de la partie, le monsieur tire d un côté, la dame tire de l'autre, et on va s'accrocher ailleurs. Voilà de quelle manière naissent, s'entretiennent et finissent les belles passions d'aujourd'hui.

5 4 l'obstacle imprévu.

ANGÉLIQUE

Je ne m'étonne pas si les hommes sont si polis présentement, et si la galanterie est sur un si bon pied.

PASQUIN

C'est la guerre qui cause ce dérangement-là. Les jeunes gens étaient accoutumés à brusquer des places; ils ont voulu brusquer les femmes. La paix remettra tout dans son ordre naturel.

ANGÉLIQUE

Je veux que vous m'aimiez autrement que cela, Valère, et que vous vous distinguiez des personnes de votre âge; qu'enfin, vous rameniez la mode des beaux sentiments.

VALÈRE

Ma foi, Mademoiselle, je vous aime autant que je puis vous aimer.

PASQUIN

Il est de bonne foi.

ANGÉLIQUE

Cela ne dit rien. Je veux réformer votre cœur, et le rendre capable d'une passion aussi délicate que la mienne. 11 faut que nous lisions ensemble tous les romans, j'en ai une ample bibliothèque : c'est là que vous apprendrez que les plus belles passions ne tendent qu'au mariage, et ne sont jamais détruites par ces beaux nœuds.

Ma foi, cela n'est vrai que dans les romans. Moi, lire ces fadaises-là? J'aimerais autant lire des opéras.

ANGÉLIQUE

11 faut que vous preniez ce parti-là, si vous voulez me faire croire que vous m'aimez. Mais voici ma mère.

VALÈRE

Surcroît d'embarras !

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