ACTE I, SCÈNE III. 5!S
VÂLÈRE, à part.
Mon gendre ! Peste de la provinciale !
LA COMTESSE
De quoi parliez-vous ? Que je ne vous interrompe point.
ANGÉLIQUE
Nous parlions de lecture, et je conseillais à monsieur...
Ah! vraiment, j'en suis ravie. Il n'y a rien de si utile que la lecture, et celle des romans surtout. On apprend tout dans ces livres-là. Feu monsieur le comte de la Pépinière, mon très honoré mari, et moi, nous les lisions jour et nuit, et nous nous attendrissions, nous nous attendrissions!...
VALÊRE, à part.
Ah! Voilà monsieur de la Pépinière revenu. Je m'étonnais bien qu'elle n'en eût pas encore parlé.
LA COMTESSE
Croiriez-vous que feu monsieur de la Pépinière et moi...
VALÈRE, à part.
Encore?
LA COMTESSE
Nous lûmes une fois tout Gyrus en huit jours; cela nous mettait dans le cœur un fond de tendresse inépuisable.
PASQUIN
Et ces lectures avaient d'agréables suites, apparemment?
LA COMTESSE
Cela est cause que monsieur le comte et moi, nous nous sommes aimés jusqu'au moment de la séparation. Mais, qu'avez- vous, Valère? Vous ne dites mol.
VALÊRE.
Je vous admire.
C'est plutôt ma fille que vous admirez.
ANGÉLIQUE
Ne lui dites rien, Madame, il est de fort mauvaise humeur.
56 l'obstacle imprévu.
LA COMTESSE
Avouez qu'Angélique a bien de Tesprit, et qu'il est rare de trouver une jeune et belle personne qui ait autant de lecture que ma fille !
VALÈRE
Voulez-vous que je vous parle franchement? La lecture ne convient point à une femme, et je voudrais que la mienne fût fort ignorante.
LA COMTESSE
Ah ! ah I vous êtes bien dégoûté ! Allez chercher vos folles qui ne savent que se coiffer, farder leurs visages, faire assaut de vin de Champagne, et courir le bal. Ce sont là les savantes qu'il vous faut, apparemment.
VALÈRE
Je vous avoue qu'elles m'amusent davantage que celles qui citent les auteurs.
PASQUIN
En voulez-vous savoir la raison ? C'est que les savantes que vous estimez sont pour les anciens, et celles qui amusent monsieur sont pour les modernes. Mais voici le patron. Je me retire.