ACTE II, SCÈNE II
VALÊRE.
Eh I Palsambleu ! Madame, pour qui me prenezvous donc? Pour un Céladon? 11 me semble qu'Angélique n'a pas lieu de se plaindre. Il y a deux grands mois que je l'aime!
PASQUIN
Deux mois! Ce sont deux siècles pour des amants comme mon maître.
LA COMTESSE
Je VOUS entends, mon poulet, vous vous lassez d'être heureux, et de l'être cent fois plus que vous ne le méritez.
VALÈRE
Je n'ai point mis dans mon marché que je l'aimerais toute ma vie, et tous les égards du monde ne me feraient pas soupirer malgré moi.
Quand il y aurait vingt Bertrand dans votre famille.
LA COMTESSE
Si bien que vous ne voulez plus l'aimer?
VALÈRE
Je n'en sais rien, Cela reviendra peut-être. Mais, pour aujourd'hui, je ne m'y sens pas de disposition.
PASQUIN
Il y a des jours malheureux.
LA COMTESSE
Voilà un discours bien impertinent! Vous n'épouserez donc point Angélique?
PASQUIN
Cela n'empêche pas.
LA COMTESSE
Cela n'empêche pas ?
PASQUIN
Eh noni Est-ce l'amour qui fait les mariages? Au contraire, on ne doit épouser que les personnes qu'on n'aime point.
LA COMTESSE
La maxime me parait nouvelle. Oh bien ! dans nos familles nobles de province, le mariage et l'amour ne vont jamais 1 un sans l'autre.
PASQUIN
11 y a plus de deux siècles qu'ils ne se sont
7« l'obstacle imprévu.
trouvés ensemble dans la famille de Monsieur
LA COMTESSE
Jour de Dieu ! quand il sera mon gendre, je le ferai marcher droit. Je veux que ma fille ait un mari qui l'adore !
VALÈRE
Cherchez vos benêts en province.
PASQUIN
Chaque pays, chaque mode.
VALÈRE
Voulez-vous que je vous parle naturellement, Madame? S'il se présente quelque autre parti que moi pour Angélique, je vous conseille, en 'ami, de lui donner la préférence.
PASQUIN
Tenez, voilà le meilleur conseil qu'il donnera peut-être de sa vie.
LA COMTICSSK.
Fort bien. C'est-à-dire que vous manquez à votre parole, quand il vous plaîl. Apparemment, c'est là encore une coutume que vous avez héritée de vos ancêtres !
PASQUIN
N'en doutez pas.
Voilà un beau lilrel Pour moi, je suivrai la coutume des miens en pareille occasion.
Quelle est-elle ?
LA COMTESSE
Je vais vous la dire en deux mots. Quand on a promis mariage à une fille de ma race, et que la chose a fait du bruit dans le monde, nous ne dispensons jamais de tenir cette promesse. Cependant, nous ne prenons point les gens à la gorge. Nous avons môme l'honnêteté de ne leur rien dire, s'ils sont assez hardis pour retirer leur parole. Nous observons seulement une petite formalité.
PASQUIN
Une petite formalité?
LA COMTESSE
Oui. Si la fille, qui reçoi! l'alTront, a son père vivant, il passe son épée au travers du corps de celui qui veut se dégager. S'il ne reste qu'une