ACTE II, SCÈNE IV
VALÈRE, à part,
Le maître fourbe que voilà!
LISIMON.
Mais enfin, qu'a-t-il donc ajouté sur ce mariage ?
PASQUIN
Rien ; mais j'ai découvert le motif qui l'anime si vivement.
LISIMON.
Quel est-il ?
VALÈRE, à part.
Il vient au fait. Je tremble I
PASQUIN
Tel que vous le voyez, il est amoureux de Julie.
LISIMON.
De Julie? Quoi I pendard, fripon que vous étesl
PASQUIN
Oh ! doucement, s'il vous plaît ; s'il aime Julie, c'est un peu votre faute.
Gomment?
PASQUIN
Vous dites qu'Angélique a l'air provincial ; cela lui a paru de môme : qu'elle a les manières précieuses et affectées ; il lui trouve ces défauts. Julie vous parait toute charmante ; ses attraits frappent ses ^eux ; sans cesse vous louez son enjouement, sa vivacité : il ne parle que de son esprit agréable, et de sa bonne humeur. Le mérite de Julie vous égratigne le cœur ; il perce aussitôt celui de votre fils. Vous voulez l'épouser ; il la demande en mariage ; et vous voyez bien que s'il fait une sottise, ce n'est que parce qu'il vous imite de trop près.
VALÈRE, serrant la main de Pasquin.
Que ne te dois-je point, mon cher Pasquin ?
PASQUIN, bas.
Taisez-vous, étourdi!
LISIMON.
Que te dit-il ?
PASQUIN
Il me prie de vous faire une petite proposition de sa part.
80 l'obstacle imprévu.
LISIMON. ,
Quelle est-elle?
C'est que vous fassiez un petit troc ensemble. Il vous cède Angélique, à condition que vous lui céderez Julie.
LISIMON.
Ah I Je vous entends, Messieurs les fripons, vous êtes tous deux d'intelligence.
valère;.
Eh bien I oui, mon père, nous sommes d'accord l'un et l'autre; et j'ai voulu^ par respect pour vous, qu'il vous dit ce que je n'osais vous déclarer.
LISIMON. N
Oh, parbleu! vous irez à Saint -Lazare, [a Pasquin.] Et toi, coquin... Où vas-tu?
PASQUIN, s*enfuyant.
Je m'en vais retenir sa chambre.
VALÈRE
Palsambleu ! nous verrons si vous épouserez Julie.
LISIMON.
Attends, impudent I attends que je t'assomme !