‹ Théatre choisiChapitre 86 sur 471 · ACTE n, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE n, SCÈNE IV

Moi? Si je sais

PASQUIN

Ce n'est rien que ceci. J'ai bien d'autres choses à vous apprendre.

VALÊRE.

Le bourreau! Monsieur, ne Técoutezpas....

PASQUIN

Vous êtes bien hardi de m'interrompre devant votre père. Vous avez beau me faire des mines, il faut que je dévoile votre petit caractère.

VALÈRE

Quelle trahison I Mon père, je vais appeler vos gens.

LISIMON.

Non, non, il n'est plus temps. Continue, mon enfant.

VALÊRE.

Je me retire donc.

LISIMON.

Je vous ordonne de rester.

PASQUIN

Savez-vous bien, Monsieur, que son moindre défaut est celui d'extravaguer? Regardez-moi ce jeune homme-là entre deux yeux ; je vous garantis qu'il a le cœur aussi mauvais que l'esprit.

Je n'y puis plus tenir; il faut que je l'assomme.

LISIMON.

Halte-là. Je le prends sous ma protection ; ce garçon-là est honnête homme.

PASQUIN

Ah I Monsieur, vous ne me haïssez que faute de me connaître.

LISIMON.

Gela est vrai. Revenons à ce cavalier-là.

PASQUIN

Hé bien l Monsieur, savez-vous qu'il a eu l'insolence de me dire, à moi qui vous parle, que toute la différence qu'il y avait entre vous deux, c'est qu*il laissait bonnement éclater ses folies, et que vous aviez l'art de parer les vôtres d'un dehors trompeur de sagesse et de gravité.

78 l'obstacle imprévu.

LI SIMON, à Talère.

Gomment, insolent !...

YALÈRE.

Quoi, vous croyez que j'ai pu ?...

LISIMON.

Vous n'en êtes que trop capable, Monsieur le coquin I Mais, sachons un peu en quoi il fait consister mes folies.

Voici ce que c'est. Mon père n'a-t-il point de honte (ce sont ses propres termes que je vous rapporte en fidèle historien) de me reprocher de petites saillies de jeunesse, lui que je vois sur le point de se déshonorer par un mariage qui va le tourner en ridicule, et désabuser tout le monde de l'opinion que l'on avait de sa prudence 1 II y a dix ans qu'il est veuf. Il n'y a pas dix mois qu il pleurait encore ma mère, et qu'ii nous disait, d'un ton plein d'emphase : « Sijamais je suis assez sot pour prendre une seconde femme, je vous permets de dire que la tête m'a tourné. » Est- il possible que vous ayez dit cela. Monsieur ?

LISIMON.

Ce ne sont pas là tes affaires ; poursuis seulement.

PASQUIN

Demandez-lui le reste, il vous le dira mieux que moi.

LISIMON, à Valère.

Voulez-vous prendre la parole ?

PASQUIN, faisant des signes à Valère.

Parlez, Monsieur, parlez.

VALÈRE

Oh, parbleu ! parle, toi-même, [a part.] Je commence à démêler son adresse. Le tour est bon I

LISIMON.

Jl n'en est pas demeuré là, sans doute ?

PASQUIN

Oh I vraiment non, mais je l'ai bien chapitré; et, malgré quelques coups de bâton qu'il m a délivrés, je lui ai parlé comme vous-même. Car, tel que vous me voyez. Monsieur, j'étais né pour être père, et pour avoir des enfants libertins à morigéner. Que je les aurais étrillés !

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