ACTE II, SCÈNE V
ANGÉLIQUE
Je ne puis vous écouter, Monsieur, tant que vous parlerez de lui en ces termes. Vous devez plus respecter Tobjet de ma tendresse, et jamais un galant homme comme vous êtes
' LISIMON.
A Fautre, avec son Phœbus I Ventrebleu 1 je vous dis.....
ANGÉLIQUE
Ah! Quel emportement! Quelle fureur ! En vérité, cela ne vous sied point. Un père de famille doit mesurer ses discours, et conserver toujours son caractère.
Vous feriez mieux de vous défaire du vôtre, que de .me prêcher si mal à propos. Voulez- vous m*écouter, ou non ?
ANGÉLIQUE
Oui, pourvu que vous parliez de Monsieur en termes honnêtes.
LISIMON.
Soit. Je vous dis que ce fripon...
ANGÉLIQUE
C'est encore pis !
VALÈBE.
Voici le fait en deux mots. Mon père veut épouser Julie. Dois-je souffrir cela? Qu'en dites-vous, mademoiselle?
ANGÉLIQUE
Julie? En vérité, monsieur, je vous croyais plus sage I 11 faut que je vous dise, en qualité de votre très humble servante, que voilà une éclipse totale de bon sens et de raison.
LISIMON.
Et il faut que je vous réponde, en qualité de votre très humble serviteur, que vos spirituelles impertinences me mettent plus en fureur que les insolences de ce coquin-là. Apprenez qu'il me demande Julie en mariage.
ANGÉLIQUE
En mariage ! Pour un de ses amis, apparemment ?
Pour lui-môme.
82 l'obstacle imprévu.
ANGÉLIQUE
Vous lui faites tort. Je ne le crois point capable de manquer à sa foi.
LISIMON.
Je TOUS dis que cela est.
ANGÉLIQUE
Je n'en crois rien.
LISIMON.
Oh I je brûle tout vif! Parlez! N*est-il pas vrai que vous n'aimez plus mademoiselle, que vous avez du goût pour Julie, et que vous voulez Fépouser?
VALÈRE
Moi, mon père? Avec votre permission, je n'ai pas dit cela.
ANGÉLIQUE
Je le savais bien.
Tu ne Tas pas dit, scélérat?
VALÈRE
J'ai dit que, puisque vous étiez dans le dessein de vous remarier, je croyais que mademoiselle vous conviendrait mieux que Julie.
Moi! Je conviens à monsieur?
VALÈRE
Oui. Vous avez tout Fesprit, toute la modestie, toute la sagesse qu'il faut....
ANGÉLIQUE, à Valère.
Cela suffit, je t'entends, [a Lisimon.] Je vois bien que ce que Ton m'a dit, monsieur, n'est que trop véritable. Je défie toutes les femmes du monde do l'aimer plus que je l'aime ; mais ma tendresse ne me fera point courir après un infidèle. Je le dégage de ses serments, et je vais travailler à vaincre ma passion, pour le payer de toute l'indifférence qu'il mérite.