ACTE IV, SCENE VIIl
0RANTÉE.
C'est bien porter le cœur le plus dissimulé
Qui des flammes d'amour ait encore brûlé,
Et bien savoir user d'une fausse apparence
Que de se contrefaire avec tant d'assurance.
Qui croirait que jamais, d'effet ou de penser,
Qui me tient ce discours eût voulu m'ôffenser ?
Et toutefois mes yeux, lâche cœur, âme ingrate,
(Il faut à cette fois que ma douleur éclate)
Mes propres yeux ont vu l'affront que tu m'as fait,
Et l'apparence encor veut démentir l'effet !
Certes, Octave est lâche au péril de sa vie ;
Il devait seconder une si belle envie ;
Il se devait résoudre à cette affection :
La fortune vaut bien la résolution.
LAURE
Puisque vous le voulez, il faut bien que j'endure
Une si rigoureuse et lâche procédure.
Ma complaisance même ira jusqu'à ce point,
Si cette erreur vous plaît, de ne vous l'ôter point :
Mais si votre rigueur ne hait mon innocence
Jusques à lui vouloir défendre sa défense,
J'espère assez du temps et de la vérité
Pour convaincre d'erreur votre crédulité.
Il ne faut pas, Seigneur, croire trop son courage ;
Votre condition répugne à cet outrage :
Tel nous voit aujourd'hui les armes à la main,
Qui les larmes aux yeux nous reverra demain.
Faites paraître Octave, et si son imposture
Vous laisse quelque doute ou quelque conjecture,
Ne vous contentez pas du fer ni du poison,
Vengez-vous par le feu de cette trahison :
Considérez, Seigneur, qu'il n'est adresse humaine
Que, pour m'ôter à vous et pour vous mettre en peine,
Après la paction qu'il vous fit arrêter,
Subtil au point qu'il est, le roi n'ait dû tenter,
Et, que, s'il a d'Octave exigé cet office,
C'est sans doute un esprit assez plein d'artifice
Pour avoir su tirer de quelque illusion
Votre ressentiment et ma confusion.
Sainte fille du temps, sors du sein de ton père,
Et viens-t'en toute nue éclaircir ce mystère.
LYDIE, à genoux.
En dussé-je encourir votre juste fureur,
198 LAURE PERSECUTEE.
Grand prince, il faut que j'aide à vous tirer d'erreur :
Octave est en effet auteur de l'artifice;
Mais il a prétendu vous rendre un bon office,
Et vous mettre à couvert des menaces du roi,
Lui faisant voir qu'ailleurs Laure engageait sa foi :
Ses habits imités, £t ma voix déguisée
M'ont fait passer pour Laure en votre âme abusée :
Octave l'ayant mise en son appartement
Et s'étant où j'étais coulé secrètement,
Me fit contribuer en son adresse extrême,
Et, pour tromper le roi, vous abusa vous-même.
LAURE
Soyez bénis, ô dieux ! de qui le juste soin Déjà pour mon honneur a produit un témoin.