‹ Théatre choisi; nouvelle édChapitre 145 sur 369 · LES MÊMES ; ANSELME · texte numérisé non relu

LES MÊMES ; ANSELME

Vous, Géronte !

Voyez !

GERONTE.

ANSELME

Hé Dieu ! qui l'eût pu croire, A voir ce corps tremblant et ce visage usé, L'un et l'autre si vieil, si maigre et déguisé? Qui vous a pu causer ce changement extrême ?

GÉRONTE

Manger mal, boire pis, souvent coucher de môme, Marcher incommodé, sans bête et sans valet.

ANSELME

A quoi ces habits turcs? Dansez-vous un ballet? Portez-vous un momon?

GÉRONTE

Sans railler, je vous prie, J'ai mangé franchement mes habits en Turquie.

ANSELME

Gomment ! en ce pays mange-t-on les habits ?

GÉRONTE

Oui, mais l'on s'y plaît moins à railler ses amis. Sachez qu'où la faim presse et la bourse s'altère, Il n'est rien de si dur que le corps ne digère. Pour vous, plus j'en confère avec mon souvenir, Plus je vois que le temps vous a fait rajeunir, Et cette gayeté d'humeur et de visage Gâche aux yeux les plus fins la moitié de votre âge : Il n'est pays si sain que son natal séjour.

ANSELME

Basteî c'est me le rendre. Enfin, d'où le retour?

GÉRONTE, montrant Horace.

De racheter mon fils, ravi par des corsaires, Et fait le triste objet de quinze ans de misères, Dans la fameuse ville où le grand Constantin Avait de l'Orient établi le destin.

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