‹ Théatre choisi; nouvelle édChapitre 325 sur 369 · ACTE I, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE I

Mais, enfin, devant vous, vous savez que ma mère Possédait la puissance et le cœur de mon père ; Et cet honneur, sans doute, est le plus glorieux Qui sur vous, aujourd'hui, fasse jeter les yeux.

sira.

Quand il m'a partagé l'éclat qui l'environne, J'ai dans son alliance apporté ma couronne ; J'en achetai chez lui le degré que j'y tiens, Et j'ai, comme mes jours, joint mes États aux siens; Je lui dus sembler belle avec un diadème ; Àbdenède, avec lui, n'apporta qu'elle-même; Et le trésor encor n'était pas de grand prix.

SIROÈS

Il faut bien du respect à souffrir vos mépris!

SIRA

Vous vous plaignez encor, après votre insolence î

siroès.

Vous ne sauriez parler qu'avecque violence. Cette fureur sied mal au rang que vous tenez.

Il sied bien de ranger des esprits mutinés.

J'ai raison de venger mon sang de vos outrages,

Et gardez de me faire éclaircir vos ombrages.

SIROÈS

Je sais qu'il ne tient pas à choquer mon crédit

Que l'espoir de l'État ne me soit interdit,

Et que, si contre moi mon père vous écoute,

Ma ruine bientôt éclaircira mon doute.

Par le bien qu'il vous veut, sur qui vous vous fiez,

Votre fils sur le trône a déjà l'un des pieds,

Et bientôt par votre aide il y porterait l'autre,

Si son ambition répondait à la vôtre.

Mais dans ce grand projet, à quoi vous l'occupez,

Il prévoit le péril des trônes usurpés ;

A leurs superbes pieds il voit des précipices,

Et sait que des tyrans on fait des sacrifices ;

Il sait qu'il est au ciel un maître souverain

Qui leur ôte aisément le sceptre de la main,

Et dont le foudre est fait pour ce genre de crimes,

Pour tomber en faveur des princes légitimes.

Le crime lui plairait, mais la punition

Lui fait fermer l'oreille à votre ambition.

C'est bien vous déclarer et nous jurer la guerre

460 COSROES.

Que de nous menacer du ciel et de la terre. Nous verrons quel effet nous en succédera ; Mais je périrai, traître, ou mon fils régnera.

SIROÈS, portant la main à son épée.

Il faut donc que ce fer me devienne inutile, Ce cœur sans sentiment, et ce bras immobile !

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