‹ Théatre choisi; nouvelle édChapitre 51 sur 369 · LES CAPITAINES · texte numérisé non relu

LES CAPITAINES

AMPHITRYON

Voyez à quel souci mon malheur vous oblige. Quelle étrange aventure égale ce prodige ? Lorsque, victorieux des ennemis du roi, J'apporte ici la paix, j'ai la guerre chez moi. L'ennemi que je cherche au rivage euhoïque Me cherche chez moi-même, et s'y rend domestique; La révolte, ce monstre à mes coups endurci, Me devance au retour : je la retrouve ici. Créon, par ma valeur craint par toute la terre, Voit ma propre maison me déclarer la guerre. Chez moi-même étranger, je rétablis autrui; Pour moi-même impuissant, j'exécute pour lui; Vainqueur, je le réclame, et, le soir, sa couronne Me prête le secours qu'au matin je lui donne.

LE CAPITAINE DES GARDES

Ce que vous nous contez est si prodigieux Qu'à peine en croirons-nous le rapport de nos yeux, Et que je m'imagine aller à main armée Attaquer un fantôme, une ombre, une fumée.

AMPHITRYON

L'incroyable rapport de ce spectre et de moi

A même en sa faveur fait balancer ma foi.

A peine me connais-je en ce désordre extrême ;

Me rencontrant en lui, je me cherche en moi-même,

Et je me crois ici bien moins qu'à la maison

En ce combat des sens avecque la raison.

Mais cette ressemblance est assez confirmée

Par le récent abus des chefs de notre armée :

L'incertain jugement que ces gens ont rendu

Laisse encore à présent leur esprit suspendu ;

Cette distinction ne leur est pas possible,

Et leur incertitude est encore invincible.

Voyez comme, troublés par cet étonnement,

Ils ne peuvent asseoir de certain jugement.

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