ACTE V, SCENE VI
AMPHITRYON
Cet agréable charme est enfin dissipé.
Qu'à bénir le charmeur chacun soit occupé ; Alcmène, par un sort à toute autre contraire, Peut entre ses honneurs conter un adultère ; Son crime la relève, il accroît son renom, Et d'un objet mortel l'ait une autre Junon.
LE CAPITAINE DES GARDES
Ce que vous avez craint vous comble d'une gloire Dont les ans ne pourront altérer la mémoire,
Pour tout dire en deux mots, et vous féliciter, Vous partagez des biens avecque Jupiter.
(Ils sortent tous, excepté Sosie.) SOSIE, seul.
Cet honneur, ce me semble, est un triste avantage : On appelle cela lui sucrer le breuvage. Pour moi j'ai, de nature, un front capricieux Qui ne peut rien souffrir, et lui vînt-il des cieux. Mais j'ai trop, pour mon bien, partagé l'aventure ; Quelque dieu bien malin avait pris ma figure. Si le bois nous manquait, les dieux en ont eu soin ; Ils nous en ont chargés, et plus que de besoin.
NOTICE
SUR
La tragi-comédie de Laure persécutée, imitée de l'Espagnol Bermudez, fut représentée en 1637 et éditée en 1639 chez Toussaint-Quinet, avec une dédicace à mademoiselle de Vertus. En 1646, parut une autre édition, dédiée à M. de Gréqui, premier gentilhomme de la chambre du roi.
Dans les tragi-comédies de Rotrou, la jalousie nous est peinte sous son double aspect : tantôt plaisante, tantôt terrible, elle éveille l'ironie, la pitié ou la terreur; mais le sourire, à peine né sur les lèvres, y meurt bientôt, devant telle explosion soudaine, autant qu'éphémère, de la passion, et l'émotion, rarement profonde et durable, se tempère bientôt d'un sourire.
Ainsi, l'héroïne des Occasions perdues, Hélène, reine de Naples, est jalouse de sa confidente Isabelle, qui joue trop bien, à son gré, la comédie amoureuse où elle lui a imprudemment assigné un rôle; mais enfin elle se résigne, en princesse qui se respecte, à épouser un prince qu'elle ne connaît pas. L'ardente Salmacis, reine de Dalmatie, que le poète de Y Heureux naufrage nous montre également jalouse de Géphalie, sa sœur, va jusqu'à vouer à la mort Gléandre, coupable de dédaigner sa passion, et, après l'avoir fait monter sur l'échafaud, furieuse et désespérée tout à la fois, le supplie de ne pas la perdre en se perdant ; mais elle aussi pardonne, et cette tragédie s'achève en vaudeville, par uc double mariage.
La Sidonie de VAgésilan a des raisons plus sérieuses de haïr Florisel qui l'a trahie. Et pourtant, quand Florisel tombe entre ses mains, quand elle peut disposer de sa vie, elle hésite, partagée entre un légitime ressentiment et un amour que rien ne peut déraciner de son âme ; elle souhaite et redoute qu'on lui obéisse, elle «veut et ne veut pas, » elle « demande sa mort et désire sa vie. » C'est une Ghimène moins pure, une Hermione moins constamment énergique. Combien nous préférons ces incertitudes si naturelles d'une âme passionnée à la rage forcenée d'Arthèmise, qui, dans YFIeureuse constance, veut manger le cœur et boire le sang de son amant infidèle I
Toutes les héroïnes de Rotrou ne sont pas montées à ce ton parfois mélodramatique. Il est des âmes paisibles qu'une longue sérénité met à l'abri des orages de la jalousie et qui s'ouvrent seulement à la tristesse résignée. Telle est cette charmante Parthénie, de Y Innocente infidélité) sœur plaintive do Laure, persécutée comme elle, et, comme elle, fidèle