NOTICE SUR LAURE PERSECUTEE
lusqu'au bout à son amour, même quand elle est outragée de celui qu'elle aime: « Si je lui déplais, il m'est doux de mourir! »
Aux yeux de Rotrou, d'ailleurs, on n'est pas maitre d'aimer ni de haïr. Une destinée plus forte que l'homme le maîtrise et le pousse en avant, vers le bonheur ou vers les abîmes. C'est par « ce fatal instinct qui dispose des âmes ;> (Belle Alphrède, I, 4, Heureux naufrage, 111, 2, 3) que Laure et Orantêe sont unis dès la première heure, et pour jamais. De là un charme de jeunesse, une fraîcheur d'émotion qu'on ne retrouve plus dans Y Inès de Castro de Lamotte, imitée de Laure persécutée. Inès estla femme de don Pèdre et leurs enfants viennent se jeter aux genoux du roi Alphonse le Justicier, leur aïeul. Se fîgure-t-on Laure sous les traits d'une mère de famille ? La fleur de l'illusion n'en serait-elle pas flétrie ?
Bien que la tragi-comédie de Rotrou s'inspire de l'espagnol, on peut affirmer sans crainte quelle est une création originale, par le mélange intime et curieux de l'idéal, qui est de tous les temps, et de la galanterie convenue, qui, par exemple, au 5e acte, donne à l'auteur l'idée de cette consultation renouvelée des cours d'amour du moyen âge. Dans sa thèse si complète et si fine sur Rotrou, M. Jarry a bien pu rapprocher Laure persécutée de la comédie de Shakspeare, Beaucoup de bruit pour rien, et comparer la tromperie de Boracchio à celle d'Octave. Il a pu retrouver chez Rotrou, presque mot pour mot, la terrible hyperbole de Macbeth : « La vaste mer n'a pas assez de gouttes pour la laver. » Mais ces rapports, comme ceux de Yhmocente infidélité &vqg Roméo et Juliette, sont tout fortuits. Rotrou n'a pas imité Shakspeare : il l'a deviné.