SCÈNE XIII LES MÊMES ; LAURE
LAURE
Eh bien, moii prince^ après cet artifice Puis-je rien entreprendre où je ne réussisse? Avec adresse enfin ai-je trompé le roi?
ORANTÉE.
Oui, perfide, il est vrai, mais lui bien moins que moi.
LAURE
Raillez-vous? Eh ! seigneur, quelle est cette visite? A quoi cette froideur, et pourquoi tant de suite ? Vous allez exciter un murmure apparent.
ORANTÉE.
Ce murmure aujourd'hui m'est tout indifférent, Puisqu'il sera suivi d'une éternelle absence.
LAURE
Qu'entends-je? 0 juste ciel, soutiens mon innocence ! Hélas! qu' ai-je commis?
ORANTÉE, à Octave.
Elle feint bien.
OCTAVE
Fort bien.
LAURE
Quel est donc entre vous ce secret entretien? En quoi, mon cher Octave, ai-je pu lui déplaire?
Vos jours sont en danger : évitez sa colère.
ORANTÉE.
(A Octave.) (A Laure.)
Mon cher Octave ! Infâme !
LAURE
En cet étonnement Je demeure interdite et perds tout sentiment. Quoi donc! à tant d'amour succède tant de haine? Ah ! faites que je meure, ou me tirez de peine.
ORANTÉE.
Non, non, il faut encor signaler vos appas ; Il importe beaucoup que vous ne mouriez pas. Il reste à ces beaux yeux des libertés à prendre, Et leur empire encor a bien loin à s'étendre : Ne leur ôtez donc pas la lumière du jour;