ACTE III, SCÈNE XIII
Vivez pour notre gloire et pour celle d'Amour. Cependant, ne craignez ni moi ni ma fortune, Et n'appréhendez plus que je vous importune; Je voudrais seulement, vous rendant votre foi, Certains gages d'amour que vous avez de moi,*^ Ces gens les recevront, ordonnez qu'on les renc* ; Ce n'est pas que la perte en effet en fût grande; Mais ces tristes objets pourraient à l'avenir Vous affliger l'esprit de quelque souvenir, Et je veux que le temps efface notre histoire, Et vous ôte de moi jusques à la mémoire.
LAURE
Seigneur, ne tirez pas des pleurs que je répands
La preuve de ma vie, attendez-la du temps :
C'est à son seul pouvoir qu'appartient la défense
Et de ma passion et de mon innocence.
Je suivrai cependant l'ordre que je reçoi,
Et vous renverrai tout, sans reprendre ma foi ;
L'effort que j'en ferais serait bien inutile ;
La résolution n'en est pas si facile.
Heureux qui comme vous en peut user ainsi,
Qui se peut engager et dégager aussi !
Pour moi, je n'obtins pas ce bien de la nature ;
Je ne vous oublirai que dans la sépulture,
Et, si l'on aime encor séparé de son Corps,
Vous aurez une amante en l'empire des morts.
(Elle sort.) ORANTÉE.
Hélas ! à mes regards l'ingrate s'est ravie. Allons, sortons d'ici, j'y laisserais la vie. Je sens bien que mon mal sera sans reconfort, Et que ma guérison n'appartient qu'à la mort.