‹ Théatre choisiChapitre 10 sur 155 · JULIE, EUSÈBE · texte numérisé non relu

JULIE, EUSÈBE

JULIE

Cent fois je veux te parler, cruel Eusèbe, et cent fois le cœur me manque, le souffle me fait défaut et ma langue* devient muette. Je ne sais pas, non je ne. sais pas comment je pourrai parler. Car au même instant, je suis suffoquée par un courroux mêlé de pitié, et par une pitié jointe à la colère. Je voudrais fermer les yeux à la vue de ce sang innocent qui demande vengeance, en coulant à gros bouillons, et je voudrais trouver une excuse dans les larmes que tu répands ; mais enfin, des blessures et des yedx qui les -voient, sont des bouches qui ne mentent jamais. D'un côté Tamour, d^Fautre le crime présent, je voudrais en même temps te punir et t*excuser. Dans Taveugle confusion de mes pensées, la clémence me sollicite et le ressentiment l'emporte. Est-ce ainsi que tu cherches â m'attacher à toi ? est-ce ainsi, Eusèbe, qu'au lieu de caresses, tu prétends m'obtenir par les cruautés ? Qjiand j'attendais que le jour de mon mariage fût fixé, tu veux, qu'au lieu de noces paisibles, je célèbre de tristes funérailles ? Qtiand, par affection pour toi, j'étais rebelle à mon père, tu me donnes des vêtements de deuil, au lieu de joyeuses parures ? Quand, en risquant ma vie, je faisais mon possible pour t'aimer, au lied d'un lit nuptial, ah ciel I tu me prépares un tombeau ? Et quand je t'offre ma main, méprisant les devoirs rigoureux de l'honneur, tu m'of&es la tienne baignée dans mon sang? Qjiel plai-

sir trouverai-je dans tes bras, si pour arriver jusqu'à moi, au lieu de donner la vie à notre amour, tu me forces à me heurter contre la mort ? Que dira de moi le monde, quand il saura que j'ai toujours, en perdant le souvenir de Tinjure, la société de son auteur ? Et puis, quand je voudrais Tensevelir dans l'oubli, seulement te voir dans mes bras serait raviver tous mes souvenirs. Alors donc, quoique je t^'adore, je remplacerai les plaisirs amoureux par la colère et je demanderai vengeance. Car, comment veux-tu qu'une âme puisse être assujettie à des sentiments si différents, qu'elle attende le châtiment, en désirant qu'il n'arrive pas ? Il suffit, puisque je t'ai aimé, que je te pardonne ; mais n'espère pas me voir, ni me parler de ta vie. Cette fenêtre qui ouvre sur le jardin pourra te donner passage ; tu peux t'échapper par-là. Fuis le danger ; car, si mon père vient, qu'il ne te trouve pas ici. Va-t-en,Eusèbe, veille à ne plus te souvenir de moi. Tu me perds aujourd'hui, parce que tu l'as voulu ; va-t-en et vis assez heureux pour jouir tranquillement de tes biens, sans que les chagrins t'en fassent payer la jouissance. Pour moi, une cellule sera pour toujours une étroite prison, si non un tombeau, car mon père veut m'enterrer. Là je pleurerai les rigueurs d'un destin si impitoyable, d'une fortune si cruelle, d'un penchant si fort, d'une étoile si contraire, d'un amour si malheureux, d'une main si barbare, qui m*a ravi la vie, sans me donner la mort, puisque, au milieu de tant de chagriniy {e vis et je meurs toujours.

ECSÈBE.

Si tes mains sont plus cruelles que tes paroi" - -'ir

te venger de moi, tif me vois soumijs à tes pieds. Mon crime me fait prisonnier, ton amour est la prison, mes fautes sont les chaînes, captivité que l'âme redoute, ma conscience est le bourreau ; si tes yeux sont les juges et qu'ils prononcent ma sentence, elle sera nécessairement une sentence de mort. Mais la renommée alors dira : cet homme meurt, parce qu'il a aimé. Car mon seul crime est de t'aimer. Je ne songe pas à me disculper, ne crois pas qu'on puisse excuser une aussi grande faute. Je ne veux qu'une chose, que tu me tues et que tu te venges. Prends ce poignard, et perces-en un cœur qui t'offense, prends une âme qui t'adore et verse un sang qui est à toi. Si tu ne veux pas me tuer ; pour que ton père arrive à se venger, je lui dirai que j'étais dans ton appartement.

Assez ; et pour dernière raison que j'ai de te parler si longtemps, tu dois faire ce que je te dis.

EUSÈBE

J'y consens.

JULIE

Alors, va-t-en, là où tu pourras sauver ta vie. Tu as de la fortune et des gens qui pourront te défendre.

EUSÈBE

J'aimerais mieux n'en pas avoir ; parce que si je vis, il sera impossible que je cesse de t'aimer, et tu n'y seras pas, quoique ta vie soit assurée dans un couvent.

JULIE

Veille sur toi ; moi je saurai me défendre.

EUStBK.

Te reïeiMi-jeî

JUIJE.

Non.

EUSÈBli.

EsKt donc imposa

ibleî ■

jKUE.

Nel'wptrepis.

Ei;sËBS.

Enfin, me déteste

'tu d^i^ ?

juui:.

Je tichecai de te

iitustgr.

ECSËBE.

M'oublietas-tu ?

JCUE.

KUSÈBE.

Te vmai-ie ?

3UUE.

Dan9 l'étemitÉ.

EUSÈBE

Et cet amour passé î...

f Et cesangprésemî... On ouvre la porie, va-t^

f EUSÈBE.

Je m'en irai pourt'obtit. Je ne dwi p« t^

jauB.

Tu ne dois pas me revoir, i ^ mn cUl, dit valdi mi9'ttnt U

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