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LES SOLDATS

CLOTALDE.

Otez-leur les armes à tous deux ; bandez-leur les yeux, pour qu'ils ne voient pas où et par où ils sont venus.

ROSAURA.

Voici rtion épée. Je ne dois la remettre qu'à vous puisque vous êtes le chef ; et sa valeur ne saurait être rendue à un homme moins élevé.

CLAIRON

La mienne est telle, qu'elle peut se donner au plus vil ; (aux soldats) prenez-la, vous autres.

ROSAURA.

Si je dois mourir, je veux vous laisser, en reconnaissance de cette faveur, un gage dont on peut estimer la valeur par celui qui un jour en a été revêtu. Je vous recommande de la garder, car, quoique j'ignore quel secret y est attaché, je sais que cette épée. enrichie d'or enferme de grands mystères ; et je viens en Pologne, ne comptant que sur elle pour me venger d'une injure.

CLOTALDE (à part).

Oh, ciel I qu'est-ce ceci ? je sens mes peines, mon trouble, mon inquiétude, et mes soucis s'accroître. {à Rosaura). Qui te l'a donnée ?

ROSAURA.

Une femme.

CLOTALDEi

Comment l'appelle-t-on 7

ROSAUKA.

CLOTALDE.

Comment supposes-tu alors, ou sais-tu qu'il y a'ï un secret en cette épée ?

ROSAURA.

Celle qui me l'a donnée m'a dit ; « Pars pour la Pologne, et fais en sorte, par adresse ou par ruse, que les nobles et les grands te voient cette épée. Cm je sais que l'un d'eux te favorisera et te protégera. » Mais en cas qu'il fût mort, elle ne voulut pas

CLOTALDE (à part).

. Que le ciel me vienne en aide, qu'entenda-je ? fe ne sais encore à quoi me déterminer : de tels ÉTÎe lUents sont-ils des illusions ou des réalités ? CeÉ ' l'épée que je laissai à h belle Violante, c indice: celui qui me la rapporterait devait n avec l'affection d'unfib.et la ieiuUesW4 Qjie doisHe donc f^ire, hélas ! dansiUtjH ras ? Si celui qui la rapporte poui obten là rapporte poui trouver la mort ; ptlisg mes pieds, frappé i" terrible incertitude I quel 1 déplorable 1 C'est prouve, d'accord avec le témtrii il ne tient {dus dans aa "i

rita^

s'élance, et ne pouvant briser son rempart, il fait comme le prisonnier qui, entendant du bruit dans la rue, se met à la fenêtre ; ainsi mon cœur, ne sachant ce qui se passe et entendant le bruit, se précipite à mes yeux, qui sont ses fenêtres par où il se répand en larmes. Que dois-je faire ? Ciel, inspirez-moi ! que dois-je faire? Le mener au roi, c'est, hélas I le mener ^ la mort ; et cependant je ne puis le cacher au roi, la loi de fidélité ne me le permet pas. D'un côté, mon amour, de l'autre la loyauté me commandent. Mais pourquoi hésiter ? Mes devoirs envers le roi ne doivent-ils pas passer avant la vie et l'honneur ? Eh bien ! qu'ils triomphent et que celui-ci succombe I D'ailleurs, si je fais maintenant attention à ce qu'il a dit, qu'il venait pour se venger d'un outrage, un homme- outragé est infâme ; ce n'est pas mon fils, non, il n'a, pas mon sang. Mais cependant s'il est arrivé un accident, dont personne n'est à l'abri, car l'honneur est d'une nature si fragile qu'une seule action peut le briser et un souffle le ternir, que peut faire de plus celui qui est né d'un père noble, que de venir le chercher, au prix de tant de risques? C'est mon fils, il a mon sang, puisqu'il montre tant de valeur. Ainsi, entre deux partis, le moyen le plus sûr est d'aller trouver le roi et de lui dire : C'est mon fils, vous pouvez le tuer. Peut-être la considération de ma loyauté le touchera, et alors si j'obtiens que mon filsr vive, je l'aiderai à tirer vengeance de son injure. Mais si le roi, impitoyable dans ses rigueurs, le livre à la mort, il mourra sans savoir que je suis son père. — (Jmut) Venez avec moi, étrangers, ne craignez pas de ne pas avoir de compagnons d'infortune ; car dans

crtitude semblable, entre la vie et la mort is quel est le plus malheureux. {Us sortent.')

Le vestibule du palais ; bruit de tambours ; d'un côté entrent ASTOLPHE et des soldats, de l'autre l'infante ÉTOILE suivie de ses dames.

En voyant les brillants rayons de cette étoile, les tambours et les trompettes mêlent leurs sons divers, les oiseaux et les fontaines confondent leurs gazouillements. A votre céleste vue, ils chantent avec des accents pareils et tme admiratioD entliousiaste, les uns, clairons erapluraés, les autres, oiseaux de métal ; ils vous saluent, madame, les canons connue leur reine, les oiseaux comme l'aoroie, lu tcompettes comme Palks, les flé uii comme Flore. Car t ous êtes, triomphan auior» parriUégres pu Ta paix que v> guerre où Tons bnllei, une rdsc ditteni

ÉTPIt-E.

Si les paroles répnnden; mal en disant des galatilC':

quelles peut goenicT, coni intré(dde.

cordent

Il II ■ I i>

digne seulement d*une bête sauvage, dont la nature est la perfidie et la trahison, de caresser avec la bouche et de tuer en intention.

ASTOLPHE

*Vous êtes bien mal inforrpée. Étoile, quand vous doutez de la sincérité de mes compliments. Je vous prie d'en écouter la raison, et vous verrez si elle est juste. Eustorge III, roi de Pologne, mourut laissant pour héritier Basile et deux filles, desquelles vous et moi nous sommes nés. Je ne veux pas vous fatiguer avec ce qui est ici hors de propos. Clorilène, votre mère, qui en ce moment occupe dans un meilleur royaume un trône de splendeurs, fut Tainée, et vous êtes sa fille. La seconde, ma mère et votra tante, fut la belle Recisonde (que Dieu la conserve encore mille années I) ; elle se maria en Moscovie et me donna le jour. Il faut maintenant que je passe à un autre sujet. Basile, qui déjà. Madame, sent Jes atteintes communes du temps, plus amoureux de l'étude que des femmes, est devenu veuf, sans enfants ; vous et moi, nous prétendons à hériter de ce royaume. Vous alléguez que vous êtes fille de la sœur aînée; moi, qui suis homme, quoique fils de la cadette, je dois vous être préféré. Nous avons exposé nos prétentions à notre oncle. Il nous a répondu qu'il voulait nous mettre d'accord, et nous avons fixé pour l'entrevue ce lieu et ce jour. Pour cela, j'ai quitté la Moscovie et je suis venu jusqu'ici, au lieu de vous faire la guerre ou d'attendre que vous me la fissiez. Veuille l'amour, ce Dieu si malin, que le peuple, astrologue véridique, ne se trompe pas aujourd'hui sur nous deux ; et que -s'achève cet arrangement en vous faisant reine, mais

reine s^us mon pug, en obtenant de notre oncle sa couronne, de votre courage le triomphe, et de mon amoui r empire.

ftroiLE.

A une générosité si courtoise, mon cœur ne le cédera pas. Car cette couronne royale, c'est seulement pour qu'elle soit i vous que je me réjouirai de l'obtenir ; quoique mon amnur ait i se plaindre de vous trouver ingrat. Car, quoi que vous disiez, ce portrait que je vois suspendu sur votre poitrine me semble démentir vos paroles.

ASTOLPHE

Je veux vous satisfaire ù ce sujet, mais il n'y a pas moyen, ces instruments sonores nous avertissent qua le roi vient avec son conseil. (On eiilend les tam-

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