‹ Théatre choisiChapitre 102 sur 155 · SCÈNE VII. i · texte numérisé non relu

SCÈNE VII. i

Les prktdcnts, LE ROI, BASILB rf M IkU.

ÉTOILE

Sage Thaïes...

ASTOLPHE

Docte Euclide...

ÉTOILE

Qlii parmi les astres...

ASTDLFHB.

Q}iî pamû les étoiles.,.

ÉTOILE

Gouvernez votre royaume...

ASTOLPHE

Fixez votre. s^our...

ÉTOILE

Et décrivez...

ASTOLPHE

Et mesurez et annoncez...

ÉTOILE

Leurs révolutions...

ASTOLPHE

Leur passage...

ÉTOILE

Permettez qu'avec ces humbles bras...

A'STOLPI*.

Permettez que dans ces tendres embrassements...

ÉTOILE

Je sois le lierre qui s'attjache au tronc.

ASTOLPHE

Je me voie soumis à vos pieds.

Mes neveux, embrassez-moi ; croyez, puisque vous confiant à mon affectueuse invitation, vous êtes venus avec de tels sentiments, qu'aucun de vous n'aura à se plaindre, et que tous deux vous serez satisfaits. Ainsi, pendant que je vais vous exposer le sujet de ma préoccupation, je ne vous demande en

PREMièRE JOURNÉE. 2$

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cette occasion qu'une chose : le silence ; Tétonnement se manifçstera quand vous connaîtrez les faits.

Vous savez déjà, soyez attentifs^ mes chers neveux, et vous, noble cour de Pologne, vassaux, parents et amis, vous savez que, dans ce monde, j'ai mérité par ma science le surnom de docte^ Puis, pour me garantir des atteintes du temps et de Toubli, les pinceaux de Timante, le marbre de Lysippe me proclament dans toute l'étendue de l'univers Basile-le- Grand. Vous savez aussi, que les sciences que j'étudie et que j'estime le plus ce sont les mathématiques transcendantes. Par cette étude, j'enlève au temps, je ravis à la renommée sa puissance et sa fonction d'acoroître de jour en jour ses enseignements. Car, quand je vois, présents dans mes tables, ks événements nouveaux pour les siècles futurs, je prends au temps le privilège de faire connaître ce que j'ai dit moi-même. Ces cercles d'une blancheur de neige, ces dais de verre que le soleil illumine de ses rayons, que la lune partage par ses phases, ces orbes de diamant, ces globes de cristal que les étoiles viennent orner, où résident les astres, sont l'objet principal de mes études ; ce sont les livres où sur un papier de diamant, sur des pages de saphir, le ciel écrit en lettres d'or, en caractères frappants les événements d'ici-bas, tantôt malheureux, tantôt favorables. Je les lis si facilement, que mon intelligence suit leurs mouvements rapides, dans leurs marches et leurs révolutions. Plût au ciel, qu'avant d'avoir fait à l'aide de mon savoir le commentaire tracé sur les marges de ces livres, la glose de leurs feuillets, ma vie eût été

le premier objet de sa colère, et que j'y eusse trouvé une funeste tragédie I Car pour les infortunés, le mérite est un poignard, et celui que îb savoir entraîne à sa perte, est homicide de lui-même. Je vais le dire, ou plutôt les événements le diçont mieux que moi. Pour que vous soyez saisis d'étonnement, je vous demande une seconde fois le silence.

De Clorilène mon épouse, j'eus un fils voué au malheur. Le Ciel, à sa naissance, s'épuisa en prodiges. Avant qu'il vit la douce lumière, quand le sein de sa mère était pour lui un sépulcre vivant, car naître et mourir se ressemblent, sa mère, bien des fois, songea, dans les rêves et les fantômes que crée le sommeil, qu'il sortait de ses entrailles un monstre farouche, à figure humaine, que teint de son sang il lui donnait la mort, et qu'elle mettait au monJe un serpent qui épouvanterait son siècle. Le jour de son enfantement arriva, et les présages s'accomplirent, parce que les rêves sinistres peuvent se réaliser tard, mais ne mentent jamais. Il naquit sous cet horoscope. Le soleil, teint de sung, entrait plein de rage en duel avec la lune; la terre était la barrière de leur champ-clos, et les deux flambeaux célestes luttaient ensemble, i^on avec acharnement, mais s'efforçanf d'éteindre leur lumière. La plus sombre, la plu ef&ayante éclipse que le soleil ait éprouvée, depu qu'il pleura avec des larmes de sang la mort ' Christ, fut celle-ci; car son orbe noyé dians c flammes ardentes parut éprouver le dernier pa xysme ; les deux s'obscurcirent ; les édifices trem' rent, les nuages se fondirent en pluie de pierres «Vières coulèrent du sang. Ce fut donc dans

mmotion du soleil, frénésie ou délire, que naquit igismnod. Il donna des pronostics de sa destinée, -ar il causa la mort de sa mère, comme s'il eût dit avec férocité : « Je suis homme, puisque je commence déjà si mal à payer les bienfaits. » Pour moi, recourant à mes livres, j'y vois en toutes lettres que Sigismond serait l'homme le plus farouche, le prince le plus cruel, le monarque le plus impie, que par lui son royaume viendrait à être en proie aux partis et aux divisions, qu*il serait une école de trahison, un repaire de crimes. Qjiant à lui, il devait, emporté par sa fureur, se souillant de forfaits épouvantables, il devait me fouler sous ses pieds, et moi je devais me voir humilié sous leur pression (je le dis tout honteux), faisant servir mes cheveux blancs de tapis à ses pas. Qui refuse de croire à un malheur, surtout à un malheur qu'on a découvert par ses études, lorsque l'amour-propre s'en mêle? Donc, confiant dans les destins, qui me prophétisaient des malheurs par leurs sinistres présages, je résolus d'enfermer la bcte féroce qui venait de naître, afin de savoir si le savant pouvait dominer l'infiuence des étoiles. On pubha que l'enfant était né privé de vie, et d'avance je fis construire une tour au milieu des rochers de ces montagnes, où à peine la lumière pouvait pénétrer, et leurs sauvages escarpements en défendaient f entrée. Un édit public déclara que, sous des pdnet graves, personne ne pût approcher de cet endrdt : interdit de la montagne; cette défense fut portée pour les raisons que Je vous ai dites. Là demeure Sigismond, misérable, pauvre et prisonnier ; Qotalde seul lui parle, le voit et le surveille. 11 : '

a enseigné les sciences, Ta instruit dans la foi cath( lique ; il est l'unique témoin de son infortune.

Maintenant, je pense à trois choses : la première c'est que je vous estime tant, ô Pologne, que je vei vous délivrer de l'oppression et du joug de ce tyran car ce ne serait pas être un bon ma'ître que d'expos sa patrie et son royaume à un tel danger. La s conde, c'est que je considère que si j'enlève à me sang un droit que lui ont conféré les lois divines ( humaines, ce n'est pas agir selon la charité chrétienn< Car aucupe loi ne m'a ordonné, pour garantir 1( autres d'un tyran, de le devenir moi-même. La tro sième et la dernière, c'est que je reconnais combie je me suis trompé en croyant trop facilement d présages d'événements futurs ; car, bien que son i clination le porte au mal, peut-être elle ne l'empc terait pas, puisque la destinée la plus redoutabl l'inclination la plus violente, l'horoscope le plus î nistre ne peuvent qu'influencer le libre arbitre et i peuvent l'entraîner. Ainsi, incertain et hésitant ent ces raisons,j'ai pris une détermination qui va bienvo surprendre. C'est que demain, sans que Sigismoi (tel est son nom) sache qu'il est mon fils et votre rc je vais le faire placer sur mon trône, où, assis à n place, il vous gouvernera, vous commandera, vous tous, en sujets soumis, lui jurerez obéissanc Car en agissant ainsi, j'obtiens trois choses, qui i pondent à celles que je vous ai exposées. Premièi ment, s'il est prudent, sage et bon, s'il donne ' toutes choses un démenti au destin, qui en a ta annoncé sur son compte, vous aurez l'avantage posséder votre souverain légitime, bien qu'il ait é

élevé dans les montagnes et dans la compagnie des bêtes féroces. Secondement, s'il est orgueilleux, emporté, farouche et cruel, courant à bride abattue dans le chemin du vice, j'aurai alors satisfait pieusement à mon devoir, et en roi irréprochable je le ferai aussitôt déposer ; et si je le renvoie à sa prison, ce ne sera pas cruauté, mais châtiment. Troisièmement, le prince étant tel que je viens de le dire, par l'amour que je vous porte, mes sujets, je vous donnerai des souverains plus dignes de la couronne et du sceptre. Car ce seront mes neveux qui, réunissant les droits de chacun d'eux, et se liant par le mariage, obtiendront ce qu'ils ont mérité. C'est là ce que je vous ordonne comme votre roi,mais je vous en prie comme votre père, et si l'espagnol Sénèque a dit qu'un roi était l'humble esclave de son peuple, je vous en supplie comme votre esclave.

ASTOLPHE

S'il m'appartient de répondre, comme en effet je suis ici le plus intéressé, au nom de tous je vous dirai : Faites paraître Sigismond ; il lui suffit d'être votre fils.

TOUS

Rendez-nous notre prince, nous le demandons pour roi.

BASILE

Mes sujets, je fais grand cas et vous remercie de cette preuve d'affection. Conduisez à leurs appartements les deux soutiens de mon trône. Demain vous le verrez.

TOUS

Vive le grand roi Basile ! ^

(Tous se retirent en faisant cortège à Étoile et à Astoîp le roi reste seul un instant^

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