‹ Théatre choisiChapitre 114 sur 155 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

Les précédents^ rosaura en vêtements de femme,

RosAURA (à part).

Je viens sur les pas d'Étoile et j'ai grand'peur de rencontrerAstolphe.CarClotalde désire qu'il ne sache pas qui je suis et qu'il ne me voie pas ; il dit que cela importe à mon honneur. Je me fie à la décision de Clotalde, car je lui dois, et j'en suis remplie de reconnaissance, la protection de mon honneur et de ma vie.

CLAIRON (has à SîgismondJ.

Qji'est-ce qui vous plaît le plus de tout ce que vous avez vu ici ?

SIGISMOND

Rien ne m'a étonné, je m'attendais à tout. Mais si je devais admirer quelque chose au monde, ce serait la beauté de la femme. Je lisais un jour dans les livres que je possédais, que ce qui a demandé à Dieu le plus d'habileté, c'est l'homme, parce qu'il est un petit monde ; mais maintenant je soupçonne que c'est lA femme, puisqu'il est un ciel en abrégé. Bile n plus de beauté que l'homme, autant que le l'emporte sur la terre, surtout si c'est celle que vois.

ROSAURA (à part).

Le prince est ici, je me retire.

SIGISMOND

Écoutez, femme, arrêtezrvous. "^^ xd!Ùr.x \c-

ensemble le Couchant et l'Orient, en prenant la fuite au premier pas. Car vous réunissez TOrient et le Couchant, la lumière et l'ombre glacée, vous ête» sans aucun doute un abrégé du jour. Mais que voii-je ?

ROSAURA.

Ce que je vois aussi me fait douter et croire.

SIGISMOND

J'ai vu naguère cette beauté.

ROSAURA.

Et moi J'ai vu cette magnificence, cette grandeur ressenée dans une étroite prison.

SIGISMOND

J'ai trouvé ma vie, femme (ce nom n'est-il pas pour l'homme la plus douce caresse ?). Qiii êtesvous ? Sans vous avoir vue, je vous adorais, mais je vous devine par mes souvenirs, tellement que je me persuade vous avoir déjà vue. Qiii êtes-vous, femme si belle ?

ROSAURA.

{A part) H faut dissimuler. {Haut) Je suis une infortunée, dame de la princesse Étoile.

SIGISMOND

Ne parlez pas ainsi ; dites que vous êtes le soleil dont la flamme alimente cette Étoile, puisqu'elle reflète la splendeur de vos rayons. J'ai vu, dans le royaume des parfums, la divine rose trôner au milieu de l'escadron des fleurs ; elle était leur reine, conune

la plus belle ; j'ai vu parmi les pierres précieuses, dans la curieuse collection des minéraux, resplendir le diamant : il était leur roi, comme le plus brillant ; et dans les belles assemblées de la noble république des étoiles, j'ai vu occuper la première place, comme leur reine, l'étoile du matin ; et dans des sphères plus élevées, j'ai vu le soleil réunir autour de lui sa cour de planètes et les présider, parce qu'il est le principal flambeau du jour. Eh bien I comment, si parmi les fleurs, les étoiles, les pierres précieuses, les planètes les plus belles ont la première place, comment avezvous pu vous soumettre à une beauté qui n'égale pas Ja vôtre ; car vous êtes, ô vous, la plus belle et la plus ravissante, le soleil, l'étoile du matin, le diamant, l'étoile et la rose ?

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