SCÈNE X
BALTHASAR endomUy LA MORT.
LA MORT
L'homme fait du sommeil un repos, hélas ! il ne pense pas que chaque fois qu'il s'endort et qu'il s'éveille, il meurt et revient à la vie. Il se couche tous les jours, cadavre vivant ; car, sa vie vaincue par un meurtrier d'un moment, qui est son sommeil, il ne s'aperçoit pas de la leçon que lui donne la Mort, pour lui apprendre à vivre. Le sommeil, c'est un poison agréable, qui, plein d'enchantements, appesantit, captive et engourdit ; et il y a des hommes pour boire ce poison? C'est l'oubli, qui éteint la lumière, qui tient enchaîné chacun des sens ; car on n'entend plus, on ne touche plus, on ne voit plus; tous perdent le sentiment ; et il y en a qui ne pensent pas à cet oubli ? C'est un délire, qui saisit tous les êtres, dont il triomphe, sans qu'on s'en aperçoive ; et il y en a qui aiment ce délire ? C'est une léthargie, à laquelle j'ai confié tous mes droits ; en ^ suspendant fréquemment et l'action et la réflexion, » elle apprend à l'homme à mourir ; et il y en a qui cherchent cette léthargie? C'est une ombre qui stupéfie sans éclairer, qui, dans son obscurité peuplée de fantômes, est la funèbre ennemie du jour ; et il y en a qui se reposent sous cette ombre ? C'est une image,
enfin, qu'on appelle image de la mort ; on ne la dédaigne pas, on ne la repousse pas,on ne lui refuse ! pas son adoration, et pourtant ce n*est qu'une iUu- • sion ; et il y en a qui adorent cette image ? 1
Allons, Balthasar dort, maintenant qu'il a bu ce poison, perdu la pensée de cet oubli, éprouvé ce | délire, ressenti cette léthargie, et, rempli d'horreur j et d'épouvante, vu cette image, que l'horreur envahisse son esprit ; il est en proie à l'illusion, à la léthargie, à l'ombre, au délire, à l'oubli, au poison. Enfin Balthasar s'est endormi, qu'il dorme, sans se réveiller, l'étemel sommeil du corps et de l'âme I (£//f tire son épée^ et va le frapper,^