SCÈNE xn
LADRE, CÉLIA, FÉLIX.
cËLiA (à Faix).
Fabio, mon maitre, est sorti, favorable pour entrer lui parler.
FÈLix(àCHitt). I Tu m'of&es ta vie et le bonhon.
CÉLIA fi Fito;. '
Faites semblant que ce n'est pas
que vous vous hasardez à entrer ici.
don Félix, qu'est-ce ceci ? Commen;
FEUX C^CWa;. I
Célia, coQtiens-tat.
. CÊLLk.
Jusqu'ici?
. FÉLIX (à CéHa).
Célia, pour Dieu, tais-toi.
LAURE
Quel est ce bruit ?
CÉLIA.
QjLie voulez-vous que ce soit? Le seigneur don Félix est entré dans cette salle sans regarder, sans prévoir que si par hasard mon maître arrivait, vous...
LAURE
Monsieur, quelle est cette hardiesse? Comment vous entrez de la sorte dans* ma maison, dans mon appartement ?
FÉLIX
Comme quelqu'un qui désire la mort, sans rien regarder, sans rien craindre. Et si ma mort doit être la vengeance de votre mépris, je veux mourir à vos yeux, ma mort en sera plus douce.
LAURE (à Célia).
Tout ceci est ta faute.
CÉLIA.
A moi, madame ?
LAURE
Si tu tenais cette porte fermée...
CÉLIA.
Elle Tétait.
FÉLIX
Ne grondez pas Célia, madame ; en quoi est-elle coupable de ma hardiesse ? La faute en est à moi seul. Grondez-moi, punissez-moi seul ; à moins que
PREMIÈRE JOURNIÎE.
VOUS ne grondiez Célia, par l'habitude d'jcoiser
LACRÉ.
Vous dites bien ; j'ai ce défaut, et je m'y suis tiujouts laissée aller. Car voua n'avez jamais écrit de lettres à Nise, vous n'êtes jamais entré dans sa maison, elle n'est jamais venue chez vous pour vous voir; et moi, femme cruelle, coléreuse, injuste,
cent, et puisqu'il est entendu que je suis si capricieuse, û pertïde, si injuste, si chaDgeanie, pourquoi me cherchez-vous ? Qjie me voulez-vous ?
FÉLIX-
Je ne veux que vous persuader combien vous abuse .votre jalousie.
LAURE
Qui vous a dit, Félix, que je suis jalouK ?
FEUX
Vous vous contrediseï vous-mtme.
LAUItE.
Comment cela ?
FÉLIX
Voici comment : oa vcus (tes jalot l'êtes pas. Si vous dites que vous quoi, Laure, fnndre un ressentiment n' éprouve* pas? S vou» êtes Jsli fusez-vous d'Être détrompée ? Car refuse i. être déubuié. Donc, ou pour vous latisfùre, vous avn <ïe laialouù, avez pas.
126 ' . l^ISON A DEUX PORTES.
LAURB.
Si c'était une preuve qu'on ne pût nier, qu'une femme irritée est jalouse, vous raisonneriez très juste ; mai5 si l'un n'est pas la conséquence nécessaire de* l'autre, car je puis être irritée sans être jalouse, je n'ai pas à vous entendre, et vous n'avez pas à me parler.
FÉLIX
Eh bien, vive Dieu! il faut que vous m'entendiez avant que je ne sorte d'ici, ou jalouse, ou mécontente.
LAURE
Vous en irez-vous, si^je vous écoute ?
FEUX
Oui.
LAURE
Eh bien, parlez et allez-vous-en.
FÉLIX
Vous dire, Laure, que je n'ai pas aimé Nise,...
LAURE
Arrêtez-vous. Est-ce un moyen de me faire plaisir, une manière de me satisfaire, quand j'attendais des protestations de dévouement, des tendresses amoureuses, sincères ou non, de me dire en face que vous avez aimé Nise ? Remarquez qu'en croyant m'apaiser, vous m'offensez.
FÉLIX
Si VOUS ne m'écoutez pas jusqu'à la fin...
Pouvez-vous vous en justifier ?
FEUX
Oui.
LAORE.
Qjje l'amour le veuille I
FEUX
Écoutez donc,
LAUBE
Vous en irez-ïous ?
FÉLIX
Oui.
LAURE
Eh bien, parlez et allez-vous-en.
FËLIX.
Vous dite, Laure que je n'ai pas aimé Nîse, serait une folie. Mais penser que cei amour reuemUe i celui que j'ai pour vous, Liurc, c'est une plus grantf^ folie. Car si j'ai aimé N'ise quelque temps, pas un v£ritabte amour, mai i'aî étudié avec Nîse, pour apprendre k x
LALJKE.
Les sci^cesdesaitiment n'ontpistH cai l'amour, pour êite savant, n versité, parce qirïl est tel que ses livr d'erreurs propres et ftrangËres. Aiwi m quand vous le corniajtiex, que ci
FEUX
£b bien I je vais m'eipliquér exonple. Un homme naît aveugle, mËme quelpent toc l'éclat du
MARCELLE
Célia peut nous entendre.
LAURE
Continuez alors.
MARCELLE
Ècoutest^moi avec attention. Mon frère don Félix, Laure, par aimtié pour un noble cavali^ qu'il connaît depuis l'âge le plus tendre, Ta ameiie chez nous ces jours-ci, lorsque Aranjuez, sphère sacrée de Philippe IV, renferme la lumière de cette quatrième planète. 11 a exercé cette hospitalité si à Timproviste, que, pour le recevoir, la première chose qu'ordonne mdn frère, est que je leur cède à tous deux mon appartement, en me retirant dans une petite chambre 4e la maison, et que j'obsefve une telle circonspection, que je demeure toujours cachée à ses yeux, et qu'il ne s'aperçoive pas que je suis dans la maison. Félix pense par celte précaution (mais quel peu de complaisance !) empêcher la médisance de répéter dans Ocana, qu'il amène chez lui un hôte aussi jeune quand il a une sœur à marier. Tout a été tellement arrangé, que je suis retirée dans la chambre dont je vous ai parlé ; même une porte, par où elle communique à l'appartement de Félix, a été cachée par une portière, afin qu'on ne soupçonne pas que la maison s'étend plus loin. C'est par là que Sylvie' seule entre et sort pour faire son service. Laissons donc de côté Lisard (c'est le nom de cet ami) qui, sans s'apercevoir qu'il y a une femme dans la maison, y demeure avec mon frère, ne se doutant de rien. Laissons aussi Félix, qui ne pense qu'à une chose, éviter le désagrément que cet ami me parlé, ou qu'il me voie.Venons
à moi : voyant le soin mmutieux que mon frère prend de me cacher, j'ai pris cette précaution pour une offense. Car il n'y a rien qui ble'sse la femme la plus retenue comme la défiance, combien s'aveugle, combien est imprudent sur ce point l'honneur I C'est comme celui qui veut oublier quelque chose, le soin qu'il prend de l'oublier la lui rappelle ; ou comme celui qui étant éveillé veut se forcer à dormir, il appelle le sommeil, mais ses efforts pour dormir le tiennent éveillé ; ou enfin comme celui qui rencontre dans un livre quelques lettres effacées, par cela §êul qu'elles sont efïacées, il a plus d'envie de les lire. Cette prudence de la part de Félix, mon frère, cette curiosité de ia mienne, ou cette destinée^ de mon étoile, ont éveillé en moi le désir de savoir si notre hôte était aussi spirituel que beau garçon, chose à laquelle je n'aurais pas songé, si on ne me l'avait pas défendu. C'est un héritage que nous a laissé la faute de la première femme. Pour pouvoir lui parler facilement, sans qu'il sût quelle était celle qui lui parlait, j'allai un moment aux jardins qui sont sur le chemin d'Aranjuez, où il devait nécessairement p^ser. Je l'appelai, pensant, Laure, qu'il n'y aurait pas ^ plus de conséquence à lui parler, que de le faire pat curiosité ou par fantaisie. Mais, hélas I que l'entrée^ est facile et que le retour est difficile, quand on jette dans un péril agréable I La mer peut m dire. Par son aspect tranquille, elle paraît a ceux qui viennent la voir ; ses ondes, courant unes après les autres, paraissent se jouer. Maïs quand on se risque sur sa plaine mconstante, on pleure, mais trop tard, sa perfidie et ses fureurs. Moi aussi, je crus paisible la mer de l'amour, mais à peine euH^
J3'4 MAISON A DtUX POR'l-ES.
connu ses caressies, que je sentis ses violences. Vous vous imaginerez que cette tentative n'a abouti qu'à me rendre amoureuse. Mais il y a plus de mal que vous ne pensei. Car je suis ballottée entre l'amour et l'honneur. Aujourd'hui, donc, Lisard racontait tout à Félix (et moi, j'écoutais derrière la pone dont je vous ai parlé). Si (il n'y a pas d'inconvénient à me faire conijaitre) Célia ne les avait interrompus ; le battant resta fermé ; mais je crains que par la description du visage, car Lisajrd m'a vue, ou par la prà;:aUtion que j'ai mise en lui parlant, ou parce qu'il m'a suivie jusqu'auprès de la maison, Félix ne puisse concevoir quelques soupçons. Ainsi, avjant que la question ne vienne à s'embrouiller, «1 m'importe, Laure, de parler à Lisard. Pour cela, j'ai remis un billet à Sylvie, dans lequel je lui dis de venir me voir dans cette maison, où je serai...
LAURE
Assez, vous avez abusé imprudemment de la liberté que vous accorde mon amitié, Marcelle. D'abord, avant d'écrire à ce Lisard, et de le faire venir ici, vots auriez dû réfléchir d'après votre maison aux inconvénients qu'offre celle-ci.
■ MARCELLE
Déjà, Laure, j'y ai pensé ; et vous n'en avez aucun à redouter.
De quelle manière ? Si je...
MARCELLE
Écoutez comment. Votre maison a deux appartements, et la porte de l'un donne sur une autre rue
J'ai dit à Sylvie de l'amener par cete porte, de sorte qu'entrant par un endroit qu'il ne peut connaître, lui surtout qui est étranger, quoique la maison soit là vôtre, que risquez-vous ?
LAURE
Je risque qu'il s'informe, et que ce qu'aujourd'hui il ignore, il le sache demain, et qu'il croie que c'est moi qui suis la femme voilée.
MARCELLE
Je vous prie de remarquer que je dois être en visite et sans ma mante, comme si j'étais chez moi dans votre propre maison.
LAURE
Qpand môme, parce que* c'est vous qu'il verra, je serais à l'abri par cette précaution, comment pourrai-je me garantir contre le danger de l'arrivée de mon père, qui trouverait un homme chez moi ?
MARCELLE
Faut-il donc qu'il vienne aujourd'hui et qu'il nous surprenne la première fois ? Vous ferez cela pour moi ; c'est un service que je réclame de la noblesse de votre cœur et de votre amitié.
LAURE (à pari).
Puis-je lui dire l'autre ' inconvénient que je redoute ? Il ne serait pas moins grave que Félix vint ici, et qu'il me trouve l'entremetteuse entre sa soeu' et son ami.