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SCÈNE XIX

LISARD, FÉLIX, CALLEBASSE.

FÉLIX

lisard!

LISARD.

Qii'y-a-t-il ? qu'apportez-vous, don Félix ?

FÉLIX

J'apporte un chagrin ; et je viens chercher à me consoler avec vous. Vous me conseillerez.

LISARD.

Qjiand je vous ai vu absent de chez vous... (à Callebasse) Va-t-en d'ici, (Callebasse soii) de toute la nuit, j'ai cru que vous aviez célébré le raccommodement avec votre maîtresse, et vous arrivez dès le matin avec un chagrin, comme voui venez de me le dire !

FÉLIX

Oui, car un malheur appelle après lui un autre malheur 1 Ah, Lisatd ! que vous diâez bien, en me

DEUXIÈME JOURNÉE. l6l

parlant de la jalousie, que ses mortds soucis, <pie ses tristes effets étaient tout autres dans celui qui l'éprouve et celui qui la donne ; autant il y a de différence entre celui qui agit et celui qui souffre. Car je souffre maintenant le mal que j'ai causé auparavant. Oh ! heureux, celui qui causerait de la jalousie pendant un siècle, et qui n'en éprouvenait pas même un instant !

LISÂRD.

Mais comment, de quoi vous est-elle venue ? (à part) Vive Dieu ! il a suivi cette dame, et sa jalousie vient d'elle et de moi.

MARCELLE (à part).

Qjae le ciel mette fin à mes peines I

FÉLIX

Je me rendis hier bien soumis dans une maison, où hélas ! je cherchai à détruire, par les. efforts que je fis et les larmes que je versai,les soupçons mal fondés, qu'avait conçus de moi, ah, ciel I ma belle ennemie. Q.uand je fus parvenu à les disâper, et que j'espérais des faveurs qui m'eussent dédommagé des rigueurs que j'avais endurées, de la rue, où j'attendaiSy j'entrai pour la voir, tout joyeux. Là, pour une raison qui m'y obligeait, j'entr' ouvris la porte d'un cabinet, et, comme le cœur m'a saigné, quand j'y vis (honteuse découverte I). l'ombre d'un homme !

LISARD (à pari).

C'est ce qui m'est arrivé hier soir, vive le ciel I

FÉLIX

Malheur à moi I car quand son père serait venu, quand son honneur eût été compromis, je devais tuer

l62 MAISON A DEUX PORTES.

cet homme ; cependant je n'entrai pas. Mais je me tins caché, dans rintention de venir le chercher, et voir qui c'était.

LISARD.

L'avez-vous su?

FÉLIX

Non, parce qu'une suivante l'avait tiré de là ; je sortis promptement derrière lui, mais je ne pus rien trouver. Je suis resté toute la matinée jusqu'à midi (voyez quel soin ridicule !) pensant qu'il reviendrait. Voyez s'il y a dans le monde un homme plus tourmenté, puisque j'ai sujet d'être jaloux sans savoir de qui.

LISARD (à pari).

Je sais maintenant tout ce que j'avais prévu. La dame est bien cette dame ; c'est moi qui suis l'homme enfermé. Les détails se rapportent bien. Mais supposé qu'il ne sait pas que c'était moi, et qu'elle est cachée ici ; que mon départ mette fin à cette aventure. Car il ne saura pas l'injure que lui fit cette dame, et il n'aura pas à se plaindre de moi.

FÉLIX

Vous êtes tout préoccupé, comment ne me répondez-vous pas ?

LISARD.

Vous me voyez tout étonné au-delà de ce que vous pensez.

FÉLIX

Que dois-je faire ?

LISARD.

Oublier.

FÉLIX

Ah, Lisard ! qui le pourrait ?

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