‹ Théatre choisiChapitre 98 sur 155 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

RoSAURA, CLAIRON descendant du même côté,

CLAIRON

Dites deux malheureux, et ne me laissez pas à l'auberge, quand vous vous plaignez. Car si nous avons été deux pour quitter notre patrie et courir les aventures, deux pour arriver ici à travers mille traverses et mille folies, deux aussi pour rouler du haut de la montagne, n'est-il pas raisonnable, que moi qui ai enduré la peine, je sois compté pour quelque chose ? ' *

ROSAURA.

Je ne vçux point t' associer à mes plaintes, Clairon, afin de ne pas t'enlever, quand tu pleures ton malheureux sort, le droit que tu as à ctre consolé. Car il y a tant de plaisir à se plaindre, disait un philosophe, que poUr pouvoir se plaiûdre on devrait chercher l'infortune.

CLAIRON

Ce philosophe était un ivrogne malgré sa barbe. Oh ! si on lui donnait mille soufflets, il pourrait se plaindre ensuite de les avoir bien gagnés. Mais qu'allons-nous faire. Madame, à pied, seuls et perdus à cette heure sur une montagne déserte, quand le soleil va se coucher à l'horizon ?

ROSAURA.

iui a jamais vu des événements aussi étranges ? is si mes yeux ne me trompent, fascinés par l'imaation, à la lumière douteuse que le jour nous me encore, il me semble que j'aperçois un édi-

CLAIRON

Du mon désir me fait illusion, ou j'en reconnais apparences.

ROSAURA.

Il'est un palais rustique qui s'élè\^ entre des rors dépouillés, si petit que le soleil se hasarde à ne à le regarder, et d'une architecture si grossière, il semble à l'amoncellement de pierres et de roches brillent au soleil, être un roc qui s'est détaché de nontagne.

CLAIRQN.

\llons, approchons ; car c'est beaucoup de le voir, Ls mieux encore, Madame, d'être accueiUi génésement par les gens qui l'habitent.

ROSAURA.

-a porte (ou, pour mieux dire, un trou sinistre) ouverte, et de l'intérieur vient la nuit, c'est là elle prend naissance. ÇOn entend résonner des ^nesJ)

CLAIRON

iu'est-ce que j'entends, ô ciel ?

"e deviens immobile comme une statue de feu et glace.

CLAIRON

N'est-ce pas une chaîne qui résonne ? Q|te je meure si ce n*est un galérien qui subit sa peine. Ma frayeur me le dit bien.

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