CURIACE, CAMILLE, JULIE
CURIACE
i'en doutez point, Camille, et revoyez un homme 235
Jui n'est ni le vainqueur ni l'esclave de Rome :
lessez d'appréhender de voir rougir mes mains
m poids honteux des fers ou du sang des Romains.
'ai cru que vous aimiez assez Rome et la gloire
•our mépriser ma chaîne et haïr ma victoire ; 240
1. Trait de superstition raffinée i trer chez une de ces patriciennes. IJjfil ne faut pas s'étonner de reucon- | futures initiées d'Isis et de Mithra.
94 HORACE
Et comme également eu cette extrémité Je craignais la victoire et la captivité...
HAMTT.T.R
Curiace, il suffit, je devine le reste1 ;
Tu fuis une bataille à tes vœux si funeste ,
Et ton cœur, tout à moi, pour ne me perdre pas, a
Dérobe à ton pays le secours de ton bras.
Qu'un autre considère ici ta renommée,
Et te blâme, s'il veut, de m'avoir trop aimée,
Ce n'est poinl à Camille à t'en mésestimer;
Plus ton amour paraît, plus elle doit t'aimer; -2:;
Et si tu dois beaucoup aux lieux qui t'ont vu naître,
Plus tu quittes pour moi, plus tu le fais paraître.
Mais as-tu vu mon père? et peut-il endurer.
Qu'ainsi dans sa maison tu t'oses retirer?
Ne préfère-t-il point l'État à sa famille? -->;;
Ne regarde-t-il point Rome plus que sa fille?
Enfin notre bonheur est-il bien affermi?
T'a-t-il vu comme gendre, ou bien comme ennemi?
CURIACE
Il m'a vu comme gendre , avec une tendresse
Qui témoignait assez une entière allégresse; 20
Mais il ne m'a point vu, par une trahison,
Indigne de l'honneur d'entrer dans sa maison.
Je n'abandonne point l'intérêt de ma ville ,
J'aime encor mon honneur en adorant Camille.
Tant qu'a duré la guerre, on m'a vu constamment 26
Aussi bon citoyen que véritable amant.
D'Albe avec mon amour j'accordais la querelle;
Je soupirais pour vous en combattant pour elle:
Et s'il fallait encor que l'on en vint aux coups.
Je combattrais pour elle en soupirant pour vous. -2-
Oui , malgré les désirs de mon âme charmée ,
Si la guerre durait, je serais dans l'armée :
C'est la paix qui chez vous me donne un libre accès,
La paix à qui nos feux doivent ce beau succès.
1. Camille, au grand scandale de | se rencontre ici avec Shakespeare : s Voltaire, s'imagine que Curiace est dans un de ses drames les plus pém un lâche, et lui déclare qu'elle ne l'en trants, Cléopàtre aime Antoine, c'ef estime pas moins, bien mieux , qu'elle précisément, parce qu'il lui a sacrifi l'en aime encore davantage. Corneille I son honneur.