‹ Théâtre choisi (volume 2)Chapitre 104 sur 488 · ACTE I, SCENE III 9o · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE III 9o

CAMILLE

La paix! Et le moyen de croire un tel miracle? 2^5

JULIE

Camille, pour le moins croyez-en votre oracle, Et sachons pleinement par quels heureux effets L'heure d'une bataille a produit cette paix.

CURIACE

L'aurait-on jamais cru? Déjà les deux armées,

D'une égale chaleur au combat animées, 280

Se menaçaient des yeux, et, marchant fièrement,

N'attendaient, pour donner, que le commandement;

Quand notre dictateur devant les rangs s'avance,

Demande à votre prince un moment de silence ;

Et, l'ayant obtenu : « Que faisons-nous, Romains, 28;;

« Dit-il, et quel démon nous fait venir aux mains?

« Souffrons que la raison éclaire enfin nos âmes :

« Nous sommes vos voisins, nos filles sont vos femmes,

« Et l'hymen nous a joints partant et tant de nœuds,

« Qu'il est peu de nos fils qui ne soient vos neveux. 290

« Nous ne sommes qu'un sang et qu'un peuple en deux villes :

« Pourquoi nous déchirer par des guerres civiles ,

« Où la mort des vaincus affaiblit les vainqueurs,

« Et le plus beau triomphe est arrosé de pleurs1?

« Nos ennemis communs attendent avec joie 2!k;

« Qu'un des partis défait leur donne l'autre en proie,

« Lassé, demi-rompu, vainqueur, mais, pour tout fruit,

« Dénué d'un secours par lui-même détruit.

« Ils ont assez longtemps joui de nos divorces ;

« Contre eux dorénavant joignons toutes nos forces, 3 00

« Et noyons dans l'oubli ces petits différends

« Qui de si bons guerriers font de mauvais parents.

« Que si l'ambition de commander aux autres

« Eait marcher aujourd'hui vos troupes et les nôtres y

« Pourvu qu'à moins de sang nous voulions l'apaiser, 305

« Elle nous unira, loin de nous diviser.

Nninmons des combattants pour la cause commune; « Que chaque peuple aux siens attache sa fortune;

Et suivant ce que d'eux ordonnera le sort, « Que le faible parti prenne loi du plus fort : 310

1. Ces six beaux vers, si nerveux I impe/ii duos cogna/os vicinosque popuet si pathétiques, développent une li- los ad arma stimulât. gne assez froide de Tite-Live : cupido >

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« Mais sans indignité pour dos guerriers si braves,

« Qu'ils deviennent sujets sans devenir esclaves,

« Sans honte, sans tribut, et sans autre rigueur

« Que de suivre en tous lieux les drapeaux du vainqueur.

« Ainsi nos deux États ne feront qu'un empire. » 3is

11 semble qu'à ces mots notre discorde expire ' :

Chacun, jetant les yeux dans un rang ennemi.

Reconnaît un beau-frère, un cousin, un ami;

Ils s'étonnent comment leurs mains , de sang avides .

Volaient . sans y penser, à tant de parricides *, 320

Et font paraître un front couvert tout à la fois

D'horreur pour la bataille, et d'ardeur pour ce choix.

Enfin l'offre s'accepte, et la paix désirée

Sous ces conditions est aussitôt jurée :

Trois combattront pour tous; mais, pour les mieux choisir,

Nos chefs ont voulu prendre un peu plus de loisir : 3-2t>

Le vôtre est au sénat, le nôtre dans sa lente.

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