‹ Théâtre choisi (volume 2)Chapitre 123 sur 488 · SABINE, JULIE · texte numérisé non relu

SABINE, JULIE

SABIXE

En est-ce fait, Julie? et que m'apportez- vous ? 763

Est-ce la mort d'un frère, ou celle d'un époux?

Le funeste succès * de leurs armes impies

De tous les combattants a-t-il fait des hosties *?

Kl 1 n'enviant * l'horreur que j'aurais des vainqueurs, 769

Pour tous tant qu'ils étaient demande-t-il mes pleurs?

JULIE

Quoi! ce qui s'est passé, vous l'ignorez encore?

SABINE

Vous faut-il étonner de ce que je l'ignore?

1. La justesse recherchée de cette | firait à dater l'œuvre. (1641, Guirlande longue métaphore développée en huit de Julie.) vers, est un trait de préciosité quisuf- I 2. V. Or., 2.

Et ne sayez-vous point que de cette maison Pour Camille et pour moi l'on fait une prison? Julie, on nous renferme, on a peur de nos larmf-: Sans cela nous serions au milieu de leurs armes . Et par les désespoirs d'une chaste amitié, Nous aurions des deux camps tiré quelque pitié.

JULIE

Il n'était pas besoin d'un si tendre spectacle; Leur vue à leur combat apporte assez d'obstacle1. Sitôt qu'ils ont paru prêts à se mesurer, On a dans les deux camps entendu murmurer : A voir de tels amis , des personnes si proches , Venir pour leur patrie aux mortelles approches, L'un s'émeut de pitié, l'autre est saisi d'horreur. L'autre d'un si grand zèle admire la fureur; Tel porte jusqu'aux cieux leur vertu sans égale. Et tel l'ose nommer sacrilège et brutale. Ces divers sentiments n'ont pourtant qu'une voix: Tous accusent leurs chefs, tous détestent leur choix; Et, ne pouvant souffrir un combat si barbare, On s'écrie, on s'avance, enfin on les sépare.

SABINE

Que je vous dois d'encens, grands Dieux, qui m'exaucez!

JULIE

Vous n'êtes pas, Sabine, encore où vous pensez : Vous pouvez espérer, vous avez moins à craindre: Mais il vous reste encore assez de quoi vous plaindre. En vain d'un sort si triste on les veut garantir; Ces cruels généreux n'y peuvent consentir : La gloire de ce choix leur est si précieuse, Et charme * tellement leur âme ambitieuse, Qu'alors qu'on les déplore * ils s'estiment heureux, Et prennent pour affront la pitié qu'on a d'eux. Le trouble des deux camps souille leur renommée : Ils combattront plutôt et l'une et l'autre armée, Et mourront par les mains qui leur font d'autres lois. Que2 pas un d'eux renonce aux honneurs d'un tel choix

1. Déjà le combat avait éprouvé un premier retard, annoncé par Curiace (Acte 1, se. 3). C'est par ces artifices adroitement variés que Corneille rem-

plit l'action, et dramatise la narration de Tite-Live.

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