‹ Théâtre choisi (volume 2)Chapitre 122 sur 488 · ACTE III, SCÈNE II lii · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE II lii

De qui le faux brillant prend droit de m'ébluuir,

Que tu sais peu durer, et tôt t'évanouir!

Pareille à ces éclairs qui , dans le fort des ombres ,

Poussent un jour qui fuit, et rend les nuits plus sombres,

Tu n'as frappé mes yeux d'un moment de clarté ti:.

Que pour les abîmer* dans plus d'obscurité ll.

Tu charmais * trop ma peine ; et le ciel , qui s'en fâche * ,

Me vend déjà bien cher ce moment de relâche.

Je sens mon triste cœur percé de tous les coups

Qui m'ôtent maintenant un frère, ou mon époux. 750

Quand je songe à leur mort, quoi que je me propose,

Je songe par quels bras, et non pour quelle cause,

Et ne vois les vainqueurs en leur illustre rang

Que pour considérer aux dépens de quel sang.

La maison des vaincus touche seule mon âme; 755

En l'une je suis fille, en l'autre je suis femme,

Et tiens à toutes deux par de si forts liens,

Qu'on ne peut triompher que par. la mort des miens.

C'est là donc cette paix que j'ai tant souhaitée?

Trop favorables Dieux, vous m'avez écoutée! 760

Quels foudres 2 lancez-vous quand vous vous irritez ,

Si même vos faveurs ont tant de cruautés?

Et de quelle façon punissez-vous l'offense,

Si vous traitez ainsi les vœux de l'innocence?

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