‹ Théâtre choisi (volume 2)Chapitre 129 sur 488 · HO II ACE · texte numérisé non relu

HO II ACE

Mais enfin l'amitié n'est pas du même rang,

Et n'a point les effets de l'amour ni du sang:

Je ne sens point pour eux la douleur qui tourmente

Sabine comme sœur, Camille comme amante :

Je puis les regarder comme nos ennemis,

Et donne sans regret mes souhaits à mes fils.

Ils sont, grâces aux Dieux, dignes de leur patrie;

Aucun étonnement * n'a leur gloire flétrie ' ;

Et j'ai vu leur honneur croître de la moitié,

Quand ils ont des deux camps refusé la pitié.

Si par quelque faiblesse ils l'avaient mendiée ,

Si leur haute vertu ne l'eût répudiée ,

Ma main bientôt sur eux m'eut vengé hautement

De l'affront que m'eût fait ce mol consentement "2.

Mais lorsqu'en dépit d'eux on en a voulu d'autres ,

Je ne le cèle point, j'ai joint mes vœux aux vôtres.

Si le ciel pitoyable * eût écouté ma voix,

Albe serait réduite à faire un autre choix ;

Nous pourrions voir tantôt triompher les Horaces

Sans voir leurs bras souillés du sang des Curiaces,

Et de l'événement d'un combat plus humain

Dépendrait maintenant l'honneur du nom romain :

La prudence des Dieux autrement en dispose:

Sur leur ordre éternel mon esprit se repose :

Il s'arme en ce besoin * de générosité ,

Et du bonheur public fait sa félicité.

Tâchez d'en faire autant pour soulager vos peines,

Et songez toutes deux que vous êtes Romaines :

Vous l'êtes devenue, et vous l'êtes encor;

Un si glorieux titre est un digne trésor.

Un jour, un jour viendra que par toute la terre

Rome se fera craindre à l'égal du tonnerre,

Et que tout l'univers tremblant dessous ses lois 3,

Ce grand nom deviendra l'ambition des rois :

Les Dieux à notre Énée ont promis cette gloire \

9fi0

Page 1