SCÈNE V
le vieil HORACE, SABINE, CAMILLE
LE VIEIL HORACE
Je viens vous apporter de fâcheuses nouvelles ' ,
Mes filles; mais en vain je voudrais vous celer
Ce qu'on ne vous saurait longtemps dissimuler : 030
Vos frères sont aux mains, les Dieux ainsi l'ordonnent.
Je veux bien l'avouer, ces nouvelles m'étonnenl *:
Et je m'imaginais dans la Divinité
Beaucoup moins d'injustice, et bien plus de bonté.
Ne nous consolez point : contre tant d'infortune 933
La pitié parle en vain . la raison importune.
Nous avons en nos mains la fin de nos douleurs,
Et qui veut bien mourir peut braver les malheurs 2.
Nous pourrions aisément faire en votre présence
De notre désespoir une fausse constance; 9io
Mais quand on peut sans honte être sans fermeté,
L'affecter au dehors, c'est une lâcheté;
L'usage d'un tel art, nous le laissons aux hommes.
Et ne voulons passer que pour ce que nous sommes.
Nous ne demandons point qu'un courage si fort 945
S'abaisse à notre exemple, à se plaindre du sort. Recevez sans frémir ces mortelles alarmes: Voyez couler nos pleurs sans y mêler vos larmes: Entin, pour toute grâce, en de tels déplaisirs*, Gardez votre constance, et souffrez nos soupirs. 950
LE VIEIL HORACE
Loin de blâmer les pleurs que je vous vois répandre ,
Je crois faire beaucoup de m'en pouvoir défendre,
Et céderais peut-être à de si rudes coups
Si je prenais ici même intérêt que vous :
Non qu'Albe par son choix m'ait fait haïr vos frères. 95S
Tous trois me sont encor des personnes bien chères:
1. Que le vieil Horace soit resté dans ■ pire, formées à l'école des philosophes sa maison au Heu d'aller sur le lieu stoïciens, Arria, Pauline . la femme de du combat, c'est peut-être une légère Sénèque , plutôt que les matrones du invraisemblance, mais est-ce une rai- ' temps delà République, qui parlaient
son pour dire, avec Voltaire, que cela gâte jusqu'au « Qu'il mourût »'.-