‹ Théâtre choisi (volume 2)Chapitre 139 sur 488 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

le vieil HORACE, CAMILLE

LE VIEIL HORACE

Ma fille, il n'est plus temps de répandre des pleurs,

Il sied mal d'en verser où l'on voit tant d'honneurs :

On pleure injustement des pertes domestiques , i 1 73

Quand on en voit sortir des victoires publiques.

Rome triomphe d'Albe , et c'est assez pour nous :

Tous nos maux à ce prix doivent nous être doux.

Eu la mort d'un amant vous ne perdez qu'un homme

Dont la perte est aisée à réparer dans Rome 2 ; 1 1 80

Après cette victoire , il n'est point de Romain

Qui ne soit glorieux de vous donner la main *.

Il me faut à Sabine en porter la nouvelle ;

Ce coup sera sans doute assez rude pour elle ,

1. « La pièce est finie, dit Voltaire: il s'agissait de la victoire, et elle est remportée : du destin de Rome. et il est décidé. t> Erreur complète. Ou a vu qu'Horace est moins un tableau

d'histoire, qu'un drame domestique . un conflit aigu entre deux natures violentes.

2. Conf. plus haut vers 155. le Cidt vers 1058, et Polyeucte, vers 450.

126 HORACE

Et ses trois frères morts par la main d'un époux i

Lui donneront* des pleurs bien plus justes qu'à vous ; Mais j'espère aisément en dissiper l'orage, Et qu'un peu de prudence, aidant son grand cour 'âge '. Fera bientôt. régner sur un si noble cœur Le généreux amour qu'elle doit au vainqueur. Cependant étouffez cette lâche tristesse ; Recevez-le, s'il vient, avec moins de faiblesse; Faites-vous voir sa sœur, et qu'en un même flanc Le ciel vous a tous deux formés d'un même sang.

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