‹ Théâtre choisi (volume 2)Chapitre 154 sur 488 · ACTE V, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE II

Et nos jours criminels ne pourront plus durer,

Qu'autant qu'à sa clémence il plaira l'endurer. lmo

Je pourrais ajouter aux intérêts de Rome , Combien un pareil coup est indigne d'un homme ' ; Je pourrais demander qu'on mit devant vos yeux Ce grand et rare exploit d'un bras victorieux : Vous verriez un beau sang, pour accuser sa rage, 1515

D'un frère si cruel rejaillir au visage : jfous verriez des horreurs qu'on ne peut concevoir; Son âge et sa beauté vous pourraient émouvoir : I Mais je hais ces moyens qui sentent l'artifice. Vous avez à demain remis le sacrifice : 1520

Pensez- vous que les Dieux, vengeurs des innocents, D'une main parricide* acceptent de l'encens? Sur vous ce sacrilège attirerait sa peine; Ne le considérez qu'en objet de leur haine; Et croyez avec nous qu'en tous ses trois combats 1525

Le bon destin de Rome a plus fait que son bras, Puisque ces mêmes Dieux, auteurs de sa victoire, Ont permis qu'aussitôt il en souillât la gloire, Et qu'un si grand courage, après ce noble effort, Fût cligne en même jour de triomphe et de morl. 1530

lire , c'est ce qu'il faut que votre arrêt décide. En ce lieu Rome a vu le premier parricide; La suite en est à craindre, et la haine des cieux. Sauvez-nous de sa main, et redoutez les Dieux.

TULLE

Défendez-vous , Horace.

HORAi E

A quoi bon me défendre"2? 1535 ÎVous savez faction, vous la venez d'entendre; fce que vous en croyez me doit être une loi. Sire . on se défend mal contre l'avis d'un roi ; Et le plus innocent devient soudain coupable, Quand aux yeux de son prince il paraît condamnable 1540

jj'l. Valère parle eu avocat, et ces

• prétentions » sentent l'artifice. Mais

on est dans cette vieille Rome dont

TOI n'ignore le goût pour la rhétorique judiciaire. Chapelain aurait mieux " Rimé que Valèrese conduisît en gentille horome et appelât Horace sur le terrain,

comme si le duel eût été le moins du

Blonde conforme aux mœurs de l'anti-

quité !

2. Le discours qui débute avec cette brusquerie sauvage ne se terminera pas moins heureusement par ce cri de farouche inhumanité : Je m'immole à ma gloire et non pas à ma sœur. Pourquoi faut-il seulement que le développement principal soit un si grossier sophisme ?

138 HORACE

C'est crime qu'envers lui se vouloir excuser :

Notre sang est son bien , il en peut disposer ' ;

Et c'est à nous de croire, alors qu'il en dispose,

Qu'il ne s'en'prive point sans une juste cause.

Sire, prononcez donc, je suis prêt d'obéir2 : i.v.:;

D'autres aiment la vie, et je la dois haïr.

Je ne reproche point à l'ardeur de Valère

Qu'en amant de la sœur il accuse le frère :

Mes vœux avec les siens conspirent aujourd'hui;

Il demande ma mort, je la veux comme lui. I55fl

Un seul point entre nous met cette différence ,

Que mon honneur par là cherche son assurance ,

Et qu'à ce même but nous voulons arriver,

Lui pour flétrir ma gloire, et moi pour la sauver.

Sire, c'est rarement qu'il s'offre une matière 15-58

A montrer d'un grand cœur la vertu tout entière. Suivant l'occasion elle agit plus ou moins, Et paraît forte ou faible aux yeux de ses témoin*. Le peuple, qui voit tout seulement par l'écorce, S'attache à son effet pour juger de sa force; 15611

Il veut que ses dehors gardent un même cours , ..Qu'ayant fait un miracle, elle en fasse toujours : Après une action pleine , haute , éclatante , Tout ce qui brille moins remplit mal son attente : Il veut qu'on soit égal en tout temps, en tous lieux; 1561 Il n'examine point si lors on pouvait mieux, Ni que, s'il ne voit pas sans cesse une merveille, L'occasion est moindre, et la vertu pareille : Son injustice accable et détruit les grands noms; L'honneur des premiers faits se perd par les seconds; 157Î Et quand la renommée a passé l'ordinaire , Si l'on n'en veut déchoir, il faut ne plus rien faire3.

Je ne vanterai point les exploits de mon bras; Votre majesté, Sire, a vu mes trois combats : Il est bien malaisé qu'un pareil les seconde. Qu'une autre occasion à celle-ci réponde , Et que tout mon courage, après de si grands coups,

1. Est-il besoin de remarquer que ces mots ue sont pas d'un Romain, mais d'un courtisan de la royauté française ?

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