V. Or
LE VIEIL HORACE
Quoi! qu'on envoie un vainqueur au supplice?
TULLE
Permettez .qu'il achève, et je ferai justice :
J'aime à la1 rendre à tous, à toute heure, en tout lieu;
C'est paF elle qu'un roi se fait un demi-dieu ;
Et c'est dont2 je vous plains, qu'après un tel service
On puisse contre lui me demander justice.
VALÈRE
Souffrez donc, ô grand roi, le plus juste des rois, Que tous les gens de bien vous parlent par ma voix : Non que nos cœurs jaloux de ses honneurs s'irritent ; S'il en reçoit beaucoup, ses hauts faits les méritent ; Ajoutez-y plutôt que d'en diminuer, Nous sommes tous encor prêts d'y contribuer3 : Mais puisque d'un tel crime il s'est montré capable, Qu'il triomphe en vainqueur, et périsse en coupable. Arrêtez sa fureur, et sauvez de ses mains, Si vous voulez régner, le reste des Romains '* : Il y va de la perte ou du salut du reste.
La guerre avait un cours si sanglant, si funeste, Et les nœuds de l'hymen, durant nos bons destins. Ont tant de fois uni des peuples si voisins. Qu'il est peu de Romains que le parti contraire N'intéresse en la mort d'un gendre ou d'un beau-frère Et qui ne soient forcés de donner quelques pleurs , Dans le bonheur public , à leurs propres malheurs. Si c'est offenser Rome, et que l'heur* de ses armes S'autorise à punir ce crime de nos larmes. Quel sang épargnera ce barbare vainqueur, Qui ne pardonne pas à celui de sa sœur, Et ne peut excuser cette douleur pressante Que la mort d'un amant jette au cœur d'une amante, Quand, près d'être éclairés du nuptial flambeau, Elle voit avec lui son espoir au tombeau? Faisant triompher Rome, il se l'est asservie, Il a sur nous un droit et de mort et de vie;