ACTE I, SCÈNE III
« Tantôt ami (l*Antoine , et tantôt ennemi, ■ Ct jamais insolent ni cruel à demi! » Là, par un long récit de toutes les misères Que durant notre enfance ont enduré1 nos pères, Renouvelant leur haine avec leur souvenir, 175
Je redouble en leurs cœurs l'ardeur de le punir. Je leur fais des tableaux de ces tristes batailles Où Rome par ses mains déchirait ses entrailles, Où l'aigle abattait l'aigle , et de chaque côté Nos légions s'armaient contre leur liberté; iso
Où les meilleurs soldats et les chefs les plus braves Mettaient toute leur gloire à devenir esclaves; Où, pour mieux assurer la honte de leurs fers, Tous voulaient à leur chaîne attacher l'univers; Et l'exécrable honneur de lui donner un maître 180
Faisant aimer à tous l'infâme nom de traître , Romains contre Romains, parents contre parents, Combattaient seulement pour le choix des tyrans.
J'ajoute à ces tableaux la peinture effroyable De leur concorde impie, affreuse, inexorable, îoo
Funeste aux gens de bien, aux riches, au sénat. Et pour tout dire enfin, de leur triumvirat; Mais je ne trouve point de couleurs assez noires Pour en représenter les tragiques histoires. Je les peins dans le meurtre à l'envi triomphants, i95
Rome entière noyée au sang - de ses enfants : Les uns assassinés dans les places publiques, Les autres dans le sein de leurs dieux domestiques3, Le méchant par le prix au crime encouragé, Le mari par sa femme en son lit égorgé; 206
Le fils tout dégouttant du meurtre de son père , Et sa tête à la main demandant son salaire, Sans pouvoir exprimer par tant d'borribles traits Qu'un crayon* imparfait de leur sanglante paix.
Vous dirai-je les noms de ces grands personnages -205 Dont j'ai dépeint les morts pour aigrir * les courages *, De ces fameux proscrits, ces demi-dieux mortels, Qu'on a sacrifiés jusque sur les autels? Mais pourrai-je vous dire à quelle impatience,