‹ Théâtre choisi (volume 2)Chapitre 190 sur 488 · ACTE III, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE II

Par un mortel reproche à tous moments me tue*.

Il me semble surtout incessamment le voir

Déposer en nos mains son absolu pouvoir,

Ecouter nos avis, m'applaudir, et me dire :

« Cinna, par vos conseils je retiendrai l'empire, 8io

" Mais je le retiendrai pour vous en faire part. »

Et je puis dans son sein enfoncer un poignard!

Ah! plutôt... Mais, hélas! j'idolâtre Emilie;

Un serment exécrable à sa haine me lie;

L'horreur qu'elle a de lui me le rend odieux : sis

Des deux côtés j'offense et ma gloire et les Dieux;

Je deviens sacrilège, ou je suis parricide*,

Et vers 2 l'un ou vers l'autre il faut être perfide.

MAXIME

Von? n'aviez point tantôt ces agitations;

Vous paraissiez plus ferme en vos intentions; s^o

Von- ne sentiez au cœur ni remords ni reproche.

CINNA

On ne les sent aussi que quand le coup approche,

Et l'on ne reconnaît de semblables forfaits

Que quand la main s'apprête à venir aux effets*.

L'âme, de son dessein jusque-là possédée, **j

S'attache aveuglément à sa première idée:

Mais alors quel esprit n'en devient point troublé?

Ou plutôt quel esprit n'en est point accablé"?

Je crois que Brute même, à tel point qu'on le prise,

Voulut plus d'une fois rompre son entreprise, $30

Qu'avant que de frappper elle lui fit sentir

Plus d'un remords en l'âme, et plus d'un repentir2.

MAXIME

Il eut trop de vertu pour tant d'inquiétude;

Il ne soupçonna point sa main d'ingratitude,

Et fut contre un tyran d'autant plus animé '» 835

Qu'il en reçut de biens et qu'il s'en vit aimé.

1. Pourquoi ces remords n'ont-ils as (1-claté quand Auguste venait d'acorder à Cinna la main d'Emilie?

•eoffroy répond ingénieusement : parce u'on ne ressent les douleurs d'une lessure qu'après l'agitation du cornât, et qu'il a fallu un peu de calme

Cinna pour comparer les bienfaits 'Auguste et l'affreux salaire dont il apprête à les payer.

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