ACTE [II, SCENE IV
le \ais donc vous déplaire, et vous m'allez haïr.
Je vous aime, Emilie; et le ciel me foudroie ' 9*5
Im cette passion ne fait toute ma joie, lit >i je ne vous aime avec toute l'ardeur
Que peut un digne objet' attendre d'un grand cœur! i Mais voyez à quel prix vous me donnez votre àme :
En me rendant heureux vous me rendez infâme : 930
Cette bonté d'Auguste...
EMILIE
Il suffit, je t'entends,
le vois ton repentir et tes vœux inconstants :
Les faveurs du tyran emportent tes promesses;
Tes feux et tes serments cèdent à ses caresses ; [Et ton esprit crédule ose s'imaginer f»3.j
Qu'Auguste, pouvant tout, peut aussi me donner.
Tu me veux de sa main plutôt que de la mienne; Hlais ne crois pas qu'ainsi jamais je t'appartienne :
Il peut faire trembler la terre sous ses pas, [Mettre un roi hors du trône* , et donner ses Etats, !>i0
|De ses proscriptions rougir la terre et l'onde ,
Et changer à son gré l'ordre de tout le monde ;
Mais le cœur d'Emilie est hors de son pouvoir2-
CINNA
Aussi n'est-ce qu'à vous que je veux le devoir, .le suis toujours moi-même, et ma foi toujours pure; 945 La pitié que je sens ne me rend point parjure; J'obéis sans réserve à tous vos sentiments, [Et prends vos intérêts par delà mes serments3.
J'ai pu \ vous le savez, sans parjure et sans crime. Vous laisser échapper cette illustre victime. 950
César se dépouillant du pouvoir souverain iNous ôtait tout prétexte à lui percer le sein; iLa conjuration s'en allait* dissipée, ;Vos desseins avortés, votre haine trompée; Moi seul j'ai ratfermi son esprit étonné*, <>:;:;
Et |>our vous l'immoler ma main l'a couronné.
EMILIE
Puni' me l'immoler, traître! et tu veux que moi-même5
2. Emilie a la constance du héros stoïcien dans les vers d'Horace :
Kt <Mincta terrarum -ubacta Frteter atroo.-m animum Catonis.