AUGUSTE , LIME
AUGUSTE
Madame, on me trahit, et la main qui me tue Rend sous mes déplaisirs* ma constance abattue. Cinna, China, le traître...
LIVIE
Euphorbe m'a tout dit, Seigneur, et j'ai pâli cent fois à ce récit. Mais écouteriez-vous les conseils d'une femme?
AUGUSTE
Hélas! de quel conseil est capable mon âme?
LIVIE
Votre sévérité, sans produire aucun fruit,
Seigneur, jusqu'à présent a fait beaucoup de bruit.
Par les peines d'un autre aucun ne s'intimide :
Salvidien à bas a soulevé Lépide;
Murène a succédé , Cépion l'a suivi :
Le jour à tous les deux dans les tourments ravi
N'a point mêlé de crainte à la fureur d'Égnace ,
Dont Cinna maintenant ose prendre la place;
Et dans les plus bas rangs les noms les plus abjets-
Ont voulu s'ennoblir par de si hauts projets.
Après avoir en vain puni leur insolence,
Essayez sur Cinna ce que peut la clémence;
Faites son châtiment de sa confusion,
Cherchez le plus utile en cette occasion :
Sa peine peut aigrir* une ville animée.
Son pardon peut servir à votre renommée ;
Et ceux que vos rigueurs ne font qu'effaroucher
Peut-être à vos bontés se laisseront toucher3.
1. Les comédiens ont presque toujours pris sur eux de supprimer le personnage de Livie à la représentation. Elle a cependant un rôle moins inutile que celui de l'Infante dans le Cid. En conseillant à Auguste une clémence intéressée et toute politique, elle nous permet de mesurer la distance qui sépare un calcul égoïste d'une résolution généreuse.