‹ Théâtre choisi (volume 2)Chapitre 208 sur 488 · AUGUSTE , LIME · texte numérisé non relu

AUGUSTE , LIME

AUGUSTE

Madame, on me trahit, et la main qui me tue Rend sous mes déplaisirs* ma constance abattue. Cinna, China, le traître...

LIVIE

Euphorbe m'a tout dit, Seigneur, et j'ai pâli cent fois à ce récit. Mais écouteriez-vous les conseils d'une femme?

AUGUSTE

Hélas! de quel conseil est capable mon âme?

LIVIE

Votre sévérité, sans produire aucun fruit,

Seigneur, jusqu'à présent a fait beaucoup de bruit.

Par les peines d'un autre aucun ne s'intimide :

Salvidien à bas a soulevé Lépide;

Murène a succédé , Cépion l'a suivi :

Le jour à tous les deux dans les tourments ravi

N'a point mêlé de crainte à la fureur d'Égnace ,

Dont Cinna maintenant ose prendre la place;

Et dans les plus bas rangs les noms les plus abjets-

Ont voulu s'ennoblir par de si hauts projets.

Après avoir en vain puni leur insolence,

Essayez sur Cinna ce que peut la clémence;

Faites son châtiment de sa confusion,

Cherchez le plus utile en cette occasion :

Sa peine peut aigrir* une ville animée.

Son pardon peut servir à votre renommée ;

Et ceux que vos rigueurs ne font qu'effaroucher

Peut-être à vos bontés se laisseront toucher3.

1. Les comédiens ont presque toujours pris sur eux de supprimer le personnage de Livie à la représentation. Elle a cependant un rôle moins inutile que celui de l'Infante dans le Cid. En conseillant à Auguste une clémence intéressée et toute politique, elle nous permet de mesurer la distance qui sépare un calcul égoïste d'une résolution généreuse.

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