ACTE IV. SCENE III
ADftORl
feagnons-îes tout à fait en quittant cet empire
Qui nous rend odieux, contre qui Ton conspire.
J'ai trop par vos avis consulté* là-dessus;
Ne m'en parlez jamais, je ne consulte plus. 1-2-20
Cesse de soupirer, Rome, pour ta franchise : Si je t'ai mise aux fers, moi-même je les brise, il te rends ton Etat, après l'avoir conquis, Plus paisible et plus grand que je ne. te l'ai pris; Si tu veux me haïr, hais-moi sans plus rien feindre: 1-2-2:, Si tu me veux aimer, aime-moi sans me craindre : De tout ce qu'eut Sylla de puissance et d'honneur, Lassé comme il en fut, j'aspire à son bonheur.
LIVIE
Assez et trop longtemps son exemple vous datte;
Mai- gardez que sur vous le contraire n'éclate : 1230
Ce bonheur sans pareil qui conserva ses jours
Ne serait pas bonheur, s'il arrivait toujours.
AUGUSTE
Eh bien! s'il est trop grand, si j'ai tort d'y prétendre. J'abandonne mon sang à qui voudra l'épandre. Après un long orage il faut trouver un port; 1235
Et je n'en vois que deux, le repos, ou la mort.
LIVIE
Quoi? vous voulez quitter le fruit de tant de peines?
AUGUSTE
Quoi"? vous voulez garder l'objet de tant de haines?
Lira Seigneur, vous emporter* à cette extrémité, (".'-•-t plutôt désespoir que générosité. 1240
AUGUSTE
liguer et caresser une main si traîtresse.
Au lieu de -a vertu, c'est montrer sa faiblesse.
LIVIE
P'esl régner sur vous-même, pt, par un noble choix, Piat ii [lier la vertu la plus digne des rois.
AUGUSTE
Vous m'aviez bien promis des conseils d'une femme1: 121 ■>
1. La passion gronde au fond de celte âme eu proie à une agitation violente. On sent le parti pris d'être dur et blessant. Auguste a honte main-
tenant d'une clémence intéressée qui aurait paru trop noble encore à Octave. Ces conseils sont bons pour l'Auguste de Sénéque.non pour celui de Corneille.
188 CINNA
Vous me tenez parole, et c'en sont là, Madame.
Après tant d'ennemis à mes pieds abattus , Depuis vingt ans je règne, et j'en1 sais les vertus; Je sais leur-divers ordre, et de quelle nature Sont les devoirs d'un prince en cette conjoncture. i-2.-;o
Tout son peuple est blessé par un tel attentai , Et la seule pensée est un crime d'État, Une offense qu'on fait à toute sa province*, Dont il faut qu'il la venge, ou cesse d'être prince.
LIVIE
Donnez moins de croyance à votre passion. 1 259
AUGUSTE
Ayez moins de faiblesse, ou moins d'ambition.
LIVIE
Ne traitez plus si mal un conseil salutaire.
AUGUSTE
Le ciel m'inspirera ce qu'ici je dois faire. Adieu : nous perdons temps.
LIVIE
Je ne vous quitte point, Seigneur, que mon amour n'ait obtenu ce point. 1200
AUGUSTE
^ C'est l'amour des grandeurs qui vous rend importune.
LIVIE
J'aime votre personne , et non votre fortune.
(Elle est seule.)
Il m'échappe , suivons , et forçons-le de voir :
Qu'il peut, en faisant grâce, affermir son pouvoir,
Et qu'enfin la clémence est la plus belle marque 1265
Qui fasse à l'univers connaître un vrai monarque.