‹ Théâtre choisi (volume 2)Chapitre 215 sur 488 · AUGUSTE, CINNA · texte numérisé non relu

AUGUSTE, CINNA

AUGUSTE

Prends un siège, Cinna, prends, et sur toute chose5 Observe exactement la loi que je t'impose : Prête, sans me troubler, l'oreille à mes discours; D'aucun mot, d'aucun cri, n'en interromps le goûts; Tiens ta langue captive : et si ce grand silence A ton émotion fait quelque violence , Tu pourras me répondre après tout à loisir. Sur ce point seulement contente mon désir.

CINNA

.Je vous obéirai, seigneur.

AUGUSTE

Qu'il te souvienne De garder ta parole, et je tiendrai la mienne.

Tu vois le jour, Cinna; mais ceux dont tu le tiens Furent les ennemis de mon père, et les miens3 : Au milieu de leur camp tu reçus la naissance , Et lorsqu'après leur mort tu vins en ma puissance , Leur haine enracinée au milieu de ton sein T'avait mis contre moi les armes à la main: Tu fus mon ennemi même avant que de naître , Et tu le fus encor quand tu me4 pus connaître, Et l'inclination jamais n'a démenti

1. Il ne faut pas prendre pour l'expression d'un remords ce qui n'est qu'un cri de rage. Encore, cette fureur contre Euphorbe est-elle infiniment déplaisante. Un peu plus et l'on serait tenté de prendre le parti du malheureux affranchi.

2. La majesté imposante de ce début fait bien pâlir la prose élégamment spirituelle de Sénèque : « Ayant fait

donner un siège à Ciuna. il lui parla en ces termes : En premier lieu , je te demande . Cinna . paisible audience ; n'interromps pas mon parler, je te donnerai temps et lieu d'v répondre. »

[Ess.. 1, 23.1

3. L.-C. Cinna, gendre de Pompée, approuva le meurtre de César.

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