ACTE V, SCÈNE II
Une haine plus forte à tous deux fit la loi ;
Je ne voulus jamais lui donner d'espérance,
Qu'il ne m'eût de mon père assuré la vengeance ;
Je la lui fis jurer; il chercha des amis :
Le ciel rompt* le succès que je m'étais promis , \ *;80
Et je vous viens, Seigneur, offrir une victime;
Non pour sauver sa vie en me chargeant du crime ,
Son trépas est trop juste après son attentat,
Et toute excuse est vaine en un crime d'État :
Mourir en sa présence, et rejoindre mon père, 1585
C'est tout ce qui m'amène, et tout ce que j'espère.
AUGUSTE
Jusques à quand, ô ciel, et par quelle raison
Prendrez-vous contre moi des trails dans ma maison ?
Pour ses débordements j'en ai chassé Julie i ;
Mon amour en sa place a fait choix d'Emilie, i.jgo
Et je la vois comme elle indigne de ce rang.
L'une m'était l'honneur, l'autre a soif de mon sang;
Et prenant toutes deux leur passion pour guide,
L'une fut impudique, et l'autre est parricide.
O ma fille ! est-ce là le prix de mes bienfaits? i 5SS
EMILIE
Ceux de mon père en vous firent mêmes effets.
AUGUSTE
Songe avec quel amour j'élevai ta jeunesse2.
EMILIE
Il éleva la vôtre avec même tendresse;
Il fut votre tuteur, et vous son assassin;
Et vous m'avez au crime enseigné le chemin : î&oo
Le mien d'avec le vôtre en ce point seul diffère,
Que votre ambition s'est immolé mon père,
Et qu'un juste courroux, dont je me sens brûler,
A son sang innocent voulait vous immoler.
LIVIE
C'en est trop, Emilie : arrête, et considère 1605
Qu'il t'a trop bien payé les bienfaits de ton père : Sa mort, dont la mémoire allume ta fureur,
1. Julie , fille unique d'Auguste et de Scribonia, fut exilée pour son inconduite, quatre ans après la conspiration de Cinna. Léger anachronisme.