V. Gr., oH
POLYEUCTE
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Il faut ne rien aimer qu'après lui, qu'en lui-même, Négliger, pour lui plaire, et femme, et biens, et rang ' Exposer pour sa gloire et verser tout son sang. Mais que vous êtes loin de cette ardeur parfaite Qui vous est nécessaire, et que je vous souhaite ! Je ne puis vous parler que les larmes aux yeux. Polyeucte, aujourd'hui qu'on nous hait en tous lieux, Qu'on croit servir l'État quand on nous persécute, Qu'aux plus âpres tourments un chrétien est en butte -, Comment en pourrez-vous surmonter les douleurs, Si vous ne pouvez pas résister à des pleurs?
POLYEUCTE
Vous ne m'étonnez* point; la pitié qui me blesse * s
Sied bien aux plus grands cœurs3, et n'a point de faiblesse. Sur mes pareils, Néarque, un bel œil est bien fort : Tel craint de le fâcher qui ne craint pas la mort; Et s'il faut affronter les plus cruels supplices, Y trouver des appas *, en faire mes délices, Votre Dieu, que je n'ose encor nommer le mien, M'en donnera la force en me faisant chrétien.
NÉARQUE
Hâtez-vous donc de l'être.
PuLYEUCTE
Oui, j'y cours, cher Néarque; Je brûle d'en porter la glorieuse marque. Mais Pauline s'afflige, et ne peut consentir, f»s
Tant ce songe la trouble, à me laisser sortir.
NÉARQUE
Votre retour pour elle en aura plus de charmes; Dans une heure au plus tard vous essuierez ses larmes Et l'heur* de vous revoir lui semblera plus doux, Plus elle aura pleuré pour un si cher époux \ Allons, on nous attend.
POLYEUCTE
Apaisez donc sa crainte, Et calmez la douleur dont son âme est atteinte ,
Elle revient.
1. On reconnaît les expressions de l'Évangile. (Cf. s. Jlatth.. XIV, 29.)
-. La persécution de Dèce fut en effet pnrmi les plus terribles au témoignage deLactance :E.rsWit exsecrabile animal Dtxius qui vexare' Ecelesiam.