SCÈNE M
POLYEUCTE, NEARQUE, PAULINE, STRATONTCE
Fuyons, puisqu'il le faut. Adieu, Pauline, adieu : Dans une heure au plus tard je reviens en ce lieu.
PAU LUNE
Quel sujet si pressant à sortir vous convie *?
Y va-t-il de l'honneur? y va-t-il de la vie? no
POLYEUCTE
Il y va de bien plus.
PAULINE
Quel est donc ce secret?
POLYEUCTE
Yous le saurez un jour : je vous quitte à regret; Mais enfin il le faut.
PAULINE
Vous m'aimez?
POLYEUCTE
Je vous aime,
Le ciel m'en soit témoin, cent fois plus que moi-même; Mais...
PAULINE
Mais mon déplaisir * ne vous peut émouvoir.! us Yous avez des secrets que je ne puis savoir! Quelle preuve d'amour: Au nom de l'hyménée, Donnez à mes soupirs cette seule journée.
1. Cette première scène si animée qui nous jette in médias res est un des plus parfait.-; modèles de l'exposition dramatique. Toute la pièce est en germe dans ce débat passionné entre la grâce qui sollicite ou gourmande et la
nature qui gémit ou se révolte. On ne peut mettre en parallèle que le pathétique récit des hésitations de S. Augustin avant sa conversion : Subnvtrmur bant nugœ : Dimittisne , nos?...
Modo fiul , modo fint. (Con/ess., 8,11.)
POLYELCTE
l'OI.YEUCTE
Un songe vous fait peur?
PAULINE
Ses présages sont vains, Je le sais; mais enfin je vous aime, et je crains.
l'OLYEUCTE
Ne craignez rien de mal pour une heure d'absence. Adieu : vos pleurs sur moi prennent trop de puissance; Je sens déjà mon cœur prêt à se révolter, Et ce n'est qu'en fuyant que j'y puis résister.