‹ Théâtre choisi (volume 2)Chapitre 234 sur 488 · Corneille, dans ['Examen de Po · texte numérisé non relu

Corneille, dans ['Examen de Po

Ineucte. estime avec raison que cette confidence est mieux amenée que celle de l'Infante, par exemple, au début du Cid : d'autant qu'elle est indispensable à l'intelligence du songe que Pauline va raconter.

POLYEUCTE

On ne put rencontrer, ou du moins reconnaître;

A qui Décie enfin, pour des exploits si beaux,

Fit si pompeusement dresser de vains tombeaux? \

PAULINE

Hélas! c'était lui-même, et jamais notre Rome

N'a produit plus grand cœur, ni vu plus honnête homme.

Puisque tu le connais, je ne t'en dirai rien.

Je l'aimai, Stratonice; il le méritait bien.

Mais que sert le mérite où manque la fortune?

L'un était grand en lui, l'autre faible et commune ;

Trop invincible obstacle, et dont trop rarement

Triomphe auprès d'un père un vertueux amant!

STRATONICE

La digne occasion d'une rare constance!

Dis plutôt d'une indigne et folle résistance. Quelque fruit qu'une fille en puisse recueillir, Ce n'est une vertu que pour qui veut faillir.

Parmi1 ce grand amour que j'avais pour Sévère, J'attendais un époux de la main de mon père, Toujours prête à le prendre; et jamais ma raison N'avoua de mes yeux l'aimable trahison2. Il possédait mon cœur, mes désirs, ma pensée; Je ne lui cachais point combien j'étais blessée. Nous soupirions ensemble et pleurions nos malheurs; Mais, au lieu d'espérance, il n'avait que des pleurs; Et, malgré des soupirs si doux, si favorables, Mon père et mon devoir étaient inexorables. Enfin je quittai Rome et ce parfait amant, Pour suivre ici mon père en son gouvernement; Et lui, désespéré, s'en alla dans l'armée Chercher d'un beau trépas l'illustre renommée. Le reste, tu le sais. Mon abord* en ces lieux Me fit voir Polyeucte, et je plus à ses yeux; Et, comme il est ici le chef de la noblesse, Mon père fut ravi qu'il me prit pour maîtresse*, Et par son alliance il se crut assuré D'être plus redoutable et plus considéré;

2. Madame de La Fayette ne fait pas parler la Princesse de Clèves avec une délicatesse plus nuancée, une plus

rare élégance de ton , lorsqu'elle lais, j échapper l'aveu de sa malheureu tendresse pour le duc de Nemours.

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