‹ Théâtre choisi (volume 2)Chapitre 239 sur 488 · ACTE I, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IV

FÉLIX

Sévère n'est point mort.

PAULINE

Quel mal nous fait sa vie?

Il est le favori de l'empereur Décie. 270

PAULINE

Après l'avoir sauvé des mains des ennemis, L'espoir d'un si haut rang lui devenait permis; Le destin, aux grands cœurs si souvent mal propice, Se résout quelquefois à leur faire justice.

FÉLIX

Il vient ici lui-même.

PAULINE

Il vient !

FÉLIX

Tu le vas voir1. 275

PAULINE

C'en est trop! mais comment le pouvez-vous savoir?

FÉLIX

Albin l'a rencontré dans la proche campagne;

l'n gros de courtisans en foule l'accompagne,

Et montre assez quel est son rang et son crédit :

Mais, Albin, redis-lui ce que ses gens t'ont dit. 28»

ALBIN

Vous savez quelle fut cette grande journée }ue sa perte2 pour nous rendit si fortunée, Où l'empereur captif, par sa main dégagé, Rassura son parti déjà découragé,

Tandis que sa vertu succomba sous le nombre; 285

unis savez les honneurs qu'on fit faire à son ombre, \.près qu'entre les morts on ne put le trouver : .e roi de Perse aussi l'avait fait enlever. Témoin de ses hauts faits et de son grand courage, le monarque en voulut connaître le visage; 290

)n le mit dans sa tente, où, tout percé de coups, "out mort qu'il paraissait, il fit mille jaloux; à, bientôt il montra quelque signe de vie : le prince généreux en eut l'àme ravie,

L V. Gr., 11. | attendrait courage; plus loin, en cons-

2. Narration écrite d'un style vi- truit sans antécédent, cent vains iblemeut négligé : ici perte, où l'on I efforts, etc.

220 POLYEUCTE

Et sa joie, en dépit de son dernier malheur,

Du bras qui le causait honora la valeur;

Il en fit prendre soin, la cure en fut secrète;

Et, comme au bout d'un mois sa santé fut parfaite..

Il offrit dignités, alliance, trésors,

Et pour gagner Sévère il fit cent vains efforts.

Après avoir comblé ses refus de louange,

Il envoie à Décie en proposer l'échange;

Et soudain l'empereur, transporté de plaisir,

Offre au Perse son frère, et cent chefs à choisir.

Ainsi revint au camp le valeureux Sévère

De sa haute vertu recevoir le salaire;

La faveur de Décie en fut le digne prix.

De nouveau l'on combat, et nous sommes surpris.

Ce malheur toutefois sert à croître sa gloire :

Lui seul rétablit l'ordre, et gagne la victoire,

Mais si belle et si pleine, et par tant de beaux faits,

Qu'on nous offre trihut, et nous faisons la paix.

L'empereur, qui lui montre une amour infinie1.

Après ce grand succès l'envoie en Arménie;

Il vient en apporter la nouvelle en ces lieux,

Et par un sacrifice en rendre hommage aux dieux.

FÉLIX

0 ciel! en quel état ma fortune est réduite2!

ALBIN

Yoilà ce que j'ai su d'un homme de sa suite. Et j'ai couru, Seigneur, pour vous y disposer.

FÉLIX

Ah! sans doute, ma fille, il vient pour t'épouser: L'ordre d'un sacrifice est pour lui peu de chose ; C'est un prétexte faux dont l'amour est la cause.

PAULINE

Cela pourrait bien être; il m'aimait chèrement.

FÉLIX

Que ne permettra-t-il à son ressentiment? Et jusques à quel point ne porte sa vengeance Une juste colère avec tant de puissance? Il nous perdra, ma fille.

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