ACTE I SCENE IV
PAULINE
Il est trop généreux.
FÉLIX
Tu veux flatter en vain un père malheureux;
Il nous perdra, ma fille. Ah! regret qui me tue
De n'avoir pas aimé la vertu* toute nue!
Ah! Pauline, en effet, tu m'as trop obéi;
Ton courage* était bon, ton devoir l'a trahi.
Que ta rébellion m'eût été favorable!
Qu'elle m'eût garanti d'un état déplorable!
Si quelque espoir me reste, il n'est plus aujourd'hui
Qu'en l'absolu pouvoir qu'il te donnait sur lui;
Ménage* en ma faveur l'amour qui le possède,
Et d'où provient mon mal fais sortir le remède.
PAULINE
Moi! moi! que je revoie un si puissant vainqueur1, Et m'expose à des yeux qui me percent le cœur ! Mon père, je suis femme, et je sais ma faiblesse; Je sens déjà mon cœur qui pour lui s'intéresse, Et poussera sans doute, en dépit de ma foi*, Quelque soupir indigne et de vous et de moi. Je ne le verrai point.
FÉLIX
Rassure un peu ton àme.
PAULINE
Il est toujours aimable, et je suis toujours femme; Dans- le pouvoir sur moi que ses regards ont eu, Je n'ose m'assurer de toute ma vertu.
Je ne le verrai point.
FÉLIX
Il faut le voir, ma fille; Ou tu Irahis ton père et toute ta famille.
PAULINE
C'est à moi d'obéir, puisque vous commandez3; Mais voyez les périls où1 vous me hasardez.
1. Autant Pauline avait montré de tranquillité en apprenant que Sévère vivait encore, autant elle s'alarme et se défie de sa faiblesse, quand on veut l'exposer au péril et faire courir quelque risque à sa vertu.