POLYEUCTE, NÉARQUE, PAULINE, STRATONICE
POLYEUCTE
C'est trop verser de pleurs; il est temps qu'ils tarissent : [ Que votre douleur cesse et vos craintes finissent; Malgré les faux avis par vos dieux envoyés1, 595
Je suis vivant, Madame, et vous me revoyez.
Le jour est encor long, et, ce qui pi us2 m'effraie, La moitié de l'avis se trouve déjà vraie ; J'ai cru Sévère mort, et je le vois ici.
POLYEUCTE
Je le sais; mais enfin j'en prends peu de souci. 000
Je suis dans Mélitène, et, quel que soit Sévère,
Votre père y commande, et l'on m'y considère;
Et je ne pense pas qu'on puisse avec raison
D'un cœur tel que le sien craindre une trahison :
On m'avait assuré qu'il vous faisait visite, 6<k;
Et je venais lui rendre un honneur qu'il mérite.
PAULINE
Il vient de me quitter assez triste et confus; Mais j'ai gagné sur lui qu'il ne me verra plus.
POLYEUCTE
Quoi! vous me soupçonnez déjà de quelque ombrage*?
PAULINE
Je ferais à tous trois un trop sensible outrage. cio
J'assure mon repos, que troublent ses regards.
La vertu la plus ferme évite les hasards;
Qui s'expose au péril veut bien trouver sa perte :
Et, pour vous en parler avec une âme ouverte.
Depuis qu'un vrai mérite a pu nous enflammer, 6 15
Sa présence toujours a droit de nous charmer.
Outre qu'on doit rougir de s'en 3 laisser surprendre,
On souffre à résister, on souffre à s'en défendre4;
Et bien que la vertu triomphe de ces feux,
La victoire est pénible, et le combat honteux. 6SQ
1. Polyeucte chrétien ne doit pas croire que les dieux envoient des songes dit Yoltrùre. Polyeucte chrétien peut le croire, répond Palissot, car les chrétiens regardaient les (lieux comme des
démons et les songes comme nue forme de leurs prestiges.