‹ Théâtre choisi (volume 2)Chapitre 259 sur 488 · ACTE III, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE II

L'entrevue aisément se termine en querelle;

L'un voit aux mains d'autrui ce qu'il croit mériter.

L'autre, un désespéré qui peut trop attenter. tio

Quelque haute raison qui règle leur courage*.

L'un conçoit de l'envie, et l'autre de l'ombrage;

La honte d'un affront que chacun d'eux croit voir

Ou de nouveau reçue, ou prête* à recevoir1,

Consumant dès l'abord toute leur patience, 745

Forme de la colère et de la défiance;

Et, saisissant ensemble et l'époux et l'amant,

En dépit d'eux les livre à leur ressentiment2.

Mais que je me figure une étrange chimère! Et que je traite mal Polyeucte et Sévère! "50

Comme si la vertu de ces fameux rivaux Ne pouvait s'affranchir de ces communs défauts! Leurs âmes à tous deux d'elles-mêmes maîtresses Sont d'un ordre trop haut pour de telles bassesses : Ils se verront au temple en hommes généreux. 75!

Mais las"! ils se verront, et c'est beaucoup pour eux. Que sert à mon époux d'être dans Mélitène, Si contre lui Sévère arme l'aigle romaine, Si mon père y commande, et craint ce favori. Et se repent déjà du choix de mon mari? tco

Si peu que j'ai d'espoir ne luit qu'avec contrainte; En naissant il avorte, et fait place à la crainte ; Ce qui doit l'affermir sert à le dissiper. Dieux! faites que ma peur puisse enfin se tromper!

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