T. Or., 40 et
2. Ce parallèle entre Polyeucte et Sévère semble un peu languir, mais n'est-ce pas le cas de dire avec Voltaire qu'il n'est rien qui ne prenne de
l'intérêt dans la bouche de Pauline ?
3. En ne se rapporte point au mot peur comme on l'a cru, mais à l'idée qui obsède Pauline, l'idée d'une cérémonie périlleuse pour son mari .
POLYEUCTE
PAULINE
Mes voeux ont-ils été déçus?
J'en vois sur ton visage une mauvaise marque. Se sont-ils querellés?
STRATONICE
Polyeucte, Néarque, Les chrétiens...
PAULINE
Parle donc : les chrétiens...
STRATONICE
Je ne puis.
PAULINE
Tu prépares mon âme à d'étranges ennuis*.
STRATONICE
Vous n'en sauriez avoir une plus juste cause.
PAULINE
L'ont-ils assassiné?
STRATONICE
Ce serait peu de chose.
Tout votre songe est vrai, Polyeucte n'est plus...
Il est mort!
STRATONICE
Non il vit; mais, ô pleurs superflus!
Ce courage si grand, cette àme si divine, N'est plus digne du jour, ni digne de Pauline. Ce n'est plus cet époux si charmant à vos yeux; C'est l'ennemi commun de l'État et des dieux, Un méchant, un infâme, un rebelle, un perfide, Un traître, un scélérat, un lâche, un parricide, Une peste exécrable à tous les gens de bien, Un sacrilège impie, en un mot, un chrétien1.
PAULINE
Ce mot aurait suffi sans ce torrent d'injures.
STRATONICE
Ces titres* aux chrétiens sont-ce des impostures?
PAULINE
Il est ce que tu dis, s'il embrasse leur foi ; Mais il est mon époux, et tu parles à moi.
1. Ou est moins tenté que Voltaire de rire de « cet entassement d'injures »j quand on y reconnaît la traduction plutôt affaiblie de ce qu'une
haine aveugle inspirait contre la secte chrétienne aux écrivains les plus cultivés (Tac, Ann., 15.44) comme aux auteurs illettrés des graffiti de Poinpéi.