V. Or
POLYEUCTE
Il me faut essayer la force de mes pleurs;
En qualité de femme, ou de fille, j'espère
Qu'ils vaincront un époux, ou fléchiront un père.
Que si sur l'un et l'autre ils manquent de pouvoir,
Je ne prendrai conseil que de mon désespoir. 8»o
Apprends-moi cependant ce qu'ils ont fait au temple.
STR.vroxicE C'est une impiété qui n'eut jamais d'exemple. Je ne puis y penser sans frémir à l'instant, Et crains de faire un crime en vous la racontant. Apprenez en deux mots leur brutale insolence. 8-23
Le prêtre avait à peine obtenu du silence, Et devers l'orient1 assuré son aspect* Qu'ils ont fait éclater leur manque de respect. A chaque occasion de la cérémonie,
A l'envi l'un et l'autre étalait2 sa manie1, 830
Des mystères sacrés hautement se moquait, Et traitait de mépris les dieux qu'on invoquait. Tout le peuple en murmure, et Félix s'en offense; Mais tous deux s'em portant à plus d'irrévérence : « Quoi ! lui dit Polyeucte en élevant sa voix, 83.-;
« Adorez-vous des dieux ou de pierre ou de bois? Ici dispensez-moi du récit des blasphèmes Qu'ils ont vomis tous deux contre Jupiter mêmes. L'adultère et l'inceste en étaient les plus doux. « Oyez, dit-il ensuite, oyez, peuple; oyez tous : 8»o
« Le Dieu de Polyeucte et celui de Néarque « De la terre et du ciel est l'absolu monarque, « Seul être indépendant, seul maître du destin, « Seul principe éternel, et souveraine fin. a C'est ce Dieu des chrétiens qu'il faut qu'on remercie3 84| « Des victoires qu'il donne à l'empereur Décie; « Lui seul tient en sa main le succès des combats: « Il le peut élever, il le peut mettre à bas*; « Sa bonté, son pouvoir, sa justice est immense; (( C'est lui seul qui punit, lui seul qui récompense. 850
« Vous adorez en vain des monstres impuissants1. »