SCÈNE IV
POLYEUCTE, PAULINE, SÉVÈRE, FABIAN, sardes
PAULINE
Mais quel dessein en ce lieu vous amène. Sévère? Aurait-on cru qu'un cœur si généreux Pût venir jusqu'ici braver un malheureux?
FOLYEUCTE
Vous traitez mal, Pauline, un si rare mérite; 1295
A ma seule prière il rend cette visite.
Je vous ai fait, seigneur, une incivilité, Que vous pardonnerez à ma captivité.
Possesseur d'un trésor dont je n'étais pas digne, Souffrez avant ma mort que je vous le résigne. 1.300
Et laisse la vertu la plus rare à nos yeux Qu'une femme jamais pût recevoir des cieux Aux mains du plus vaillant et du plus honnête homme Qu'ait adoré ' la terre et qu'ait vu naître Rome. Vous êtes digne d'elle, elle est digne de vous; 1303
Ne la refusez pas de la main d'un époux : S'il vous a désunis, sa mort vous va rejoindre. Qu'un feu jadis si beau n'en devienne pas moindre; Rendez-lui votre cœur, et recevez sa foi : Vivez heureux ensemble, et mourez comme moi; 13 10
C'est le bien qu'à tous deux Polyeucte désire2.
Qu'on me mène à la mort, je n'ai plus rien à dire. Allons, gardes, c'est fait.