ACTE IV, SCÈNE V
Un cœur qui vous chérit (mais quel cœur assez bas
Aurait pu vous connaître, et ne vous chérir pas? ,
Un homme aimé de vous, sitôt qu'il vous possède.
Sans regret il vous quitte : il fait plus, il vous cède'; 13-20
Et, comme si vos feux étaient un don fatal,
Il en fait un présent lui-même à son rival 1
Certes, ou les chrétiens ont d'étranges manies,
Ou leurs félicités ' doivent être infinies,
Puisque, pour y prétendre, ils osent rejeter 13-20
Ce que de tout l'empire il faudrait acheter.
Pour moi, si mes destins, un peu plus tôt propices, Eussent de votre hymen honoré mes services, Je n'aurais adoré que l'éclat de vos yeux, J'en aurais fait mes rois, j'en aurais fait mes dieux'2; 1330 On m'aurait mis en poudre, on m'aurait mis en cendre Avant que...
PAULINE
Brisons là; je crains de trop entendre, Et que cette chaleur, qui sent vos premiers feux, Ne pousse* quelque suite indigne de tous deux. Sévère, connaissez Pauline tout entière. *335
Mon Polyeucte touche à son heure dernière; Pour achever de vivre il n'a plus qu'un moment; Vous en êtes la cause, encor qu'innocemment. Je ne sais si votre âme, à vos désirs ouverte. Aurait osé former quelque espoir sur sa perte : 1340
Mais sachez qu'il n'est point de si cruels trépas Où d'un front assuré je ne porte mes pas, Qu'il n'est point aux enfers d'horreurs que je n'endure, Plutôt que de souiller une gloire si pure, Que d'épouser un homme, après son triste sort, 1345
Oui de quelque façon soit cause de sa mort : Et si vous me croyiez d'une àme si peu saine, L'amour que j'eus pour vous tournerait tout en haine. Vous êtes généreux; soyez-le jusqu'au bout. Mon père est en état de vous accorder tout : 133«
Il vous craint; et /avance encor cette parole3,